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Fin de (t)rêve pour le franc

Depuis le 15 janvier, 1 € ne vaut qu’un peu plus de 1 fr. Comment en est-on arrivé là? et quelles conséquences pour le citoyen suisse? Réponse en 5 points.

Pourquoi la Banque nationale Suisse (BNS) a-t-elle brutalement abandonné le cours plancher de 1.20 fr. pour 1e?

La BNS a décidé de mettre un frein à la force du franc, en septembre 2011, à la sortie d’une crise économique majeure où la monnaie suisse attirait les investisseurs à la recherche d’une valeur refuge, à un point tel qu’elle s’était appréciée de 20% par rapport à l’euro dans la première partie de 2011. Pendant plus de trois ans, elle a donc injecté en masse des liquidités en francs, le plus souvent en achetant des devises en euros.

Mais tout cela, assure son directeur Thomas Jordan, ne pouvait être que provisoire, le temps que l’économie suisse se reprenne. Or, dans la première quinzaine de 2015, alors que la BNS avait quelque 200 milliards d’euros dans ses coffres, elle apprend – comme tout le monde… – que ses collègues européens s’apprêtent, eux aussi, à brader des euros à tout va (lire question suivante). Elle a, dès lors, préféré jeter l’éponge prématurément et brutalement, le 15 janvier dernier.

Mais pourquoi fallait-il craindre l’action de la Banque centrale européenne (BCE)?

Une semaine après la décision de la BNS, le 22 janvier, la BCE confirme ce dont tout le monde se doutait: pour dégripper la machine économique européenne, elle lance, 14 ans après le Japon et 7 ans après les Etats-Unis, auxquels cela a pas mal réussi, un programme d’«assouplissement quantitatif». Comprenez que, comme elle n’a pas le droit de reprendre à son compte les dettes publiques (aussi appelées «souveraines») des Etats européens, elle va racheter aux banques les titres (obligations) qui leur sont liés, en masse et avec, comme conséquence, inévitable l’affaiblissement de l’euro. Ce qui est un des buts avoués de l’opération (on favorise ainsi, notamment, l’exportation industrielle, par exemple les avions d’Airbus par rapport à ceux de Boeing). Or, à cause du plafond fixé par la BNS, le franc suisse était déjà sous-estimé et l’aurait été plus encore avec la baisse de l’euro. Voilà le pourquoi du comment.

Quels avantages l’alignement réel du franc par rapport à l’euro donne-t-il au consommateur?

Il va toucher plus d’euros s’il les achète avec des francs. Les frontaliers vivant en France voisine, mais aussi les Suisses qui vont passer des vacances ou faire leurs achats à l’étranger se frottent donc les mains. Alors qu’il fallait entre 1.20 fr. et 1.25 fr. pour 1 € avant le 15 janvier, il n’en faut plus que 1.05 fr., parfois moins, aujourd’hui. Les experts estiment que, après une période de tourmente, le change devrait se stabiliser à 1.10 fr. pour 1 €.

A ce propos: attention aux différents taux affichés dans les banques. Ils diffèrent lorsque le change est fait au guichet ou dans les bancomats (billets) ou par internet (devises). Et, si l’on transforme des francs suisses en monnaie européenne (la banque vous vend des euros) ou l’inverse (elle vous les achète).

Par ailleurs, il est vraisemblable – mais pas sûr! – que les prix de certains produits et articles importés vont baisser.

Et quels sont les inconvénients de cet affermissement?

C’est évidemment une très mauvaise nouvelle pour toutes les industries qui exportent leur production, dont le prix a augmenté de 15% en quelques minutes. Voilà pourquoi ce sont des groupes comme Swatch (horlogerie), Actelion (pharmacie) ou encore Holcim (ciment) qui ont fait les plus grands plongeons lorsque la Bourse suisse s’est effondrée le 15 janvier. C’est une catastrophe aussi pour l’hôtellerie suisse, puisque, pour les touristes venant de l’UE, ses prix sont devenus quasi inaccessibles. Mais cela risque aussi de devenir un sérieux problème pour l’emploi et si, malgré des taux bas (parfois même négatifs), la déflation* pointe tout de même son nez, car la charge des ménages déjà endettés va s’alourdir encore. Sans parler de certaines caisses de pension, qui ont trop misé sur le cours plancher et qui ont perdu des sommes considérables avec son abandon (nous y reviendrons dans notre prochaine édition). Bref, rien de bon à l’horizon…

La BNS peut-elle revenir sur sa décision et instaurer un nouveau cours plancher?

Franchement, après le coup de la surprise du 15 janvier, on la voit mal remettre ça «officiellement». Mais rappelons qu’elle n’est pas censée (sauf lorsqu’elle le veut) communiquer sur ses interventions. Et d’aucuns pensent qu’aujourd’hui déjà, sans le dire, elle continue son travail de régulation en achetant des euros, mais dans une moindre mesure.

Christian Chevrolet

*Lire notre article «Vous avez dit déflation?», TCF 3/2013.