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Vert, j’achète. Rouge, je vends!

Pourquoi se faire des frayeurs ou des fausses joies en comptant sur son intuition pour gérer ses placements en Bourse? La gestion avec des règles fixes est rationnelle, mais aussi efficace.

Acheter à bas prix et revendre à la hausse afin de faire le plus grand bénéfice possible: c’est l’objectif N°1 de tous les investisseurs en Bourse, même des plus modestes. Reste que, entre le rêve et la réalité, il y a des tonnes d’informations à suivre et à analyser, que même les meilleurs spécialistes peinent à utiliser efficacement. Du coup, on fait appel à son intuition, pas toujours de bon aloi. De plus, il faut avoir des nerfs d’acier pour ne pas céder à l’euphorie ou à la panique! L’alternative consiste donc, souvent, à adopter la stratégie buy & hold (acheter et conserver), qui a le mérite de la simplicité, mais qui peine à dégager des rendements intéressants.

Or, il s’avère que, en gérant ses placements avec des règles fixes, on obtient des résultats nettement plus probants. Ce genre de gestion n’est certes pas nouveau, puisqu’on en parle depuis les années 70 déjà, mais a trouvé un nouvel essor avec le développement des ETF (lire encadré).

Le rééquilibrage systématique

La méthode la plus simple est encore régulièrement utilisée par les investisseurs institutionnels, comme les caisses de pension. Il s’agit d’un rééquilibrage systématique de son placement (rebalancing) en fonction de deux règles fixes au moins:

  • la structure du portefeuille (par exemple 50% placés dans des actions et 50% dans des obligations);
  • les marges de dépassement maximales pour chacune de ces catégories (par exemple entre 45% et 55%).

Tant que la valeur d’une catégorie ne dépasse pas ces limites, rien ne bouge. En revanche, si, par exemple, celle des actions plonge à 44%, l’investisseur en rachète pour remonter à 50%. Et si, à l’inverse, la valeur augmente à 56%, il en vend pour retomber à 50% aussi. Autrement dit, il procède à un rééquilibrage systématique dans le seul but de retrouver la structure de départ.

C’est simple et efficace. «Un rebalancing bien pensé fait mieux qu’une stratégie buy & hold, assure Roland Bron, directeur romand de la société VZ. Selon nos simulations, cette méthode a permis, de 1997 à 2013, un rendement annuel de 4,44% (0,8% de frais déduits), alors que les indices de référence ont augmenté de 4,03% (sans tenir compte des frais). Mais, pour arriver à de tels résultats, il faut que les frais (gestion, administration, reporting, attestation fiscale, etc.) soient raisonnables.»

La moyenne mobile

La gestion fondée sur les moyennes mobiles est un peu plus évoluée et nécessite un appui technique. Mais, là aussi, l’investisseur se fixe des règles et se promet de ne pas y déroger.

Examinons l’évolution, entre 2002 et 2013 inclus, d’un portefeuille de 200 000 fr., composé de 60% d’actions (30% suisses et 30% européennes) et de 40% d’obligations suisses. Le principe consiste à acheter ou à vendre la totalité des ETF d’une catégorie lorsque le signal est déclenché par la moyenne mobile.

Prenons l’exemple des actions suisses. Chaque jour, un calculateur* chiffre le cours moyen des 200 derniers jours (courbe noire dans le graphique de gauche). Ce faisant, il «lisse» la fluctuation du SPI, l’indice de référence. A chaque fois que la courbe SPI croise celle de la moyenne mobile, la consigne change: achat lorsqu’elle passe au-dessus de l’indice (alors en vert), vente quand elle passe au-dessous (alors en rouge). «Mais il faut être rigoureux, insiste Roland Bron. Vente de tous les ETF qui composent la catégorie dès que le signal est donné, avec placement provisoire de l’argent dans des liquidités qui ne rapportent presque rien actuellement. Puis, rachat dès que le feu vert est donné.»

L’exercice est payant, puisque, entre 2002 et 2013, la moyenne mobile des actions suisses a permis un rendement global de 156,4%, contre 78,8% avec une stratégie buy & hold.

Pour notre portefeuille, l’exercice est tout aussi concluant avec les actions européennes (68,5% contre –4,5%), mais pose problème avec les obligations suisses (28,2% contre 54,8%). Dans ce dernier cas, en effet, la stratégie buy & hold fait bien mieux! «Parce que la moyenne mobile réalise un rendement supplémentaire surtout lorsque les mouvements sont baissiers, commente Roland Bron. Or, à quelques courtes périodes près, les obligations suisses n’ont cessé de monter.»

Globalement, la méthode a toutefois permis un gain de 157 666 fr. (77,23% après frais sur 12 ans) contre 88 420 fr. (44,21% sans frais) avec le buy & hold. Il n’y a donc pas photo.

La gestion avec la force relative

Le principe de la force relative est plus compliqué, mais également fondé sur des règles fixes.

Contrairement aux méthodes précédentes, l’investisseur fait, certes, une liste de ce qu’il verrait bien dans son portefeuille, mais ne détermine pas une ventilation. Imaginons qu’il retienne les actions suisses, allemandes, américaines et monde, mais aussi l’or, les matières premières, l’immobilier suisse et les obligations suisses et monde. Cela fait beaucoup, trop même.

Il va donc commencer par calculer le rendement de chaque catégorie sur le dernier mois, en se fondant sur les indices de référence. Cela va lui permettre de faire un classement et d’investir, par exemple, 20% de son capital dans les cinq meilleures classes d’actifs. Il peut aussi ajouter d’autres critères, comme le risque (calculé avec la volatilité). Exemple: le rendement (sur un mois) vaut 30%, celui sur trois mois 40% et le risque 30%. Des outils* sont évidemment nécessaires.

Puis, chaque mois, il va refaire le même calcul et corriger le tir en cas de changement. Exemple: l’or, préalablement dans le top 5, cède sa place aux obligations monde. Du coup, notre investisseur fait de même avec son portefeuille: il vend l’ETF fondé sur l’or et achète ceux basés sur les obligations.

Reprenons notre portefeuille de 200 000 fr. mais géré selon cette méthode avec les critères retenus ci-dessus. Entre 2002 et 2013, donc durant 12 ans, il aurait bénéficié d’un rendement de 65,5%, soit un gain de 131 000 fr. Avec une stratégie buy & hold (20% dans chacun des cinq classes d’actifs: actions suisses, actions monde, matières premières, obligations suisses, obligations monde), le rendement autait été limité à 24,5%, soit un gain 49 000 fr. (voir graphique de droite).

Mais, pour arriver à ce résultat, il aura fallu pas moins de 428 transactions! Inutile de dire, là aussi, qu’il vaut mieux choisir non seulement les meilleurs ETF, mais aussi la banque qui facture le moins de frais pour les ventes et les achats!

*Des simulateurs sont disponibles gratuitement sur le site vzportailfinancier.ch. Ils permettent de tester les méthodes dans le passé (jusqu’à la fin de 2013).

Christian Chevrolet