
12 merlots du tessin et du monde: le Tessin défend son merlot
Cépage rouge universel, le merlot est présent au Tessin depuis 108 ans. Et, depuis peu, aussi dans les rayons des supermarchés romands, où il sait fort bien se défendre.
Confronté à des merlots du monde entier, dégustés à l’aveugle dans un ordre aléatoire, notre jury a eu un «coup de cœur» unanime pour un vin du Tessin, sous l’étiquette de Luisoni Vini, devant un vin de Zanini Sulmoni. Non seulement les deux vins sont vendus à Manor, mais, en réalité, ils sont vinifiés au même endroit, chez Zanini, comme les vins des «vinattieri ticinesi», tel le Collivo (classé au 10e rang).
Au Tessin, le merlot est cultivé au nord et au sud du Monte Ceneri, sur près de 880 hectares. Comme en Valais, les propriétés sont très morcelées. De nombreux vignerons dits «du samedi» cultivent leur petit parchet et livrent leurs raisins à des caves privées. Car une seule coopérative a subsisté, celle de Mendrisio, fondée en 1949, et dont deux étiquettes sont en vente chez Denner. Dans notre dégustation, ces deux vins se sont classés ex æquo au 5e rang. Juste devant un symbole qui, depuis un demi-siècle exactement, incarne le merlot du Tessin: la Selezione d’Ottobre, de Matasci, sans doute le vin rouge du sud des Alpes suisses le plus vendu outre-Gothard.
2012 sourit au Nouveau-monde
La surprise de ce test est venue des millésimes. Les 2013 sont encore jeunes, assez semblables au 2011 (l’année de naissance des deux premiers classés), mais moins ouverts que le 2012, classé parmi les meilleurs de ces dernières années et qui a surtout souri à deux vins exotiques. Derrière les deux merlots tessinois, plutôt chers (près de 17 fr. et de 22 fr.), tant le cru californien (12.90 fr.) que le chilien (10.90 fr.) remportent, en effet, les 3e et 4e places.
Notre jury les a immédiatement reconnus comme du Nouveau-Monde. Car réputé plastique, le merlot se prête à tous les artifices œnologiques pour en gommer les angles, comme l’utilisation des fûts de chêne ou de leur «ersatz», les copeaux. Toutefois, aux Etats-Unis (24 000 ha de merlot recensés) et, notamment, en Californie, l’image du merlot suave et facile à boire a été flétrie par une scène-culte du film «Sideways» qui, il y a dix ans, a relancé la mode du pinot noir. Quant au Chili (10 000 ha), où le merlot connaît des étés excessivement chauds, celui de la cave du très réputé Aurelio Montes joue à fond sur ces caractéristiques de surmaturité. Ces deux vins modernes et ronds plairont à une clientèle jeune. Davantage que les deux autres crus «exotiques» achetés à Manor, qui ferment la marche: l’un de l’Etat de Washington, bastion états-unien du merlot (avec la Californie), l’autre portugais (800 ha de merlot plantés), exagérant son côté boisé, comme son nom le suggère d’emblée (Barricas).
Pas de Petrus au rabais!
Entre deux, «Empreinte», un merlot de La Côte vaudoise (43 ha de merlot recensés dans le canton) de la Coopérative Uvavins, qui s’enorgueillit d’avoir décroché le titre du vin le mieux noté du concours Merlot du monde, aujourd’hui organisé à Sierre, par Vinea, en 2010, avec une cuvée «Inspiration» 2009.
Enfin, surextrait, dans un style Nouveau-Monde, un vin de Pays d’Oc, seul représentant français. Pourtant, dans l’Hexagone, le merlot est le premier cépage planté sur 114 000 hectares (soit 40% de la surface mondiale). A Bordeaux, il est notamment le roi de Saint-Emilion et de Pomerol, dont est issu le fameux Château Pétrus. Selon le site wine-searcher.com, le 2009 et le 2010 peuvent être acquis au prix moyen de 3750 fr. la bouteille. Hors de portée des acheteurs de vins de supermarchés, c’est sûr!
Pierre Thomas


