
Surfaits, les forfaits
Toutes les grandes fortunes vont délaisser notre petit pays et le plonger dans la décadence économique. C’est ce que font miroiter les opposants à l’initiative «Halte aux privilèges fiscaux des millionnaires» sur laquelle nous voterons le 30 novembre. L’équation n’est pourtant pas aussi simpliste.
Zurich, qui a été le premier canton à abolir cette pratique en 2009, en a aussi été le premier surpris. Par rapport à 2008, 97 citoyens fortunés ont quitté le canton pour un manque à gagner de 12,3 millions. Mais les 102 autres qui sont restés ont rapporté 13,6 millions de plus, selon l’Institut d’études BAK Basel Economics. L’opération était donc bénéficiaire, avant qu’une grosse fortune ne s’en aille et provoque une perte de 2 millions pour les finances zurichoises.
L’acceptation de l’initiative aurait probablement des conséquences plus pénibles pour Vaud, le Valais, le Tessin et Genève. Car, à eux seuls, ces quatre cantons concentrent 76% des 5634 forfaits d’imposition accordés en Suisse. Mais, à l’image de ce qu’on a pu constater à Zurich, la fin de tels privilèges n’impliquerait pas, pour autant, le départ de tous les riches contribuables. Car, n’en déplaise à ceux qui réduisent la Suisse à son attractivité fiscale, notre territoire a d’autres arguments à faire valoir, à commencer par sa stabilité tant sociale qu’économique.
Il serait également illusoire de croire que tous les milliardaires au bénéfice de forfaits fiscaux rapportent tant que ça aux collectivités publiques. Ingvar Kamprad le grand patron d’Ikea, était taxé sur une base imposable de 500 000 fr., alors que sa fortune est estimée à 20 milliards au moins! Il payait ainsi des cacahuètes en guise d’impôts: 165000 fr. Les conséquences financières de son retour en Suède seront donc négligeables, tant pour Epalinges que pour le canton de Vaud.
Yves-Noël Grin


