
Monter dans la voiture d’un inconnu: la bonne idée
Le covoiturage, en plein boom chez nos voisins français, commence à séduire la Suisse. Encore limitée dans son étendue géographique, l’offre actuelle permet déjà des économies substantielles sur certains trajets. Démonstration.
C’est un succès inattendu et fulgurant dans le domaine des déplacements individuels: le covoiturage s’est imposé en France comme un nouveau moyen de transport à part entière, en l’espace d’à peine deux ou trois ans. Il représente aujourd’hui une véritable concurrence au train pour les trajets de ville à ville. Principal acteur de cette déferlante, le site internet blablacar.com revendique 95% des parts de marché français. Et la vague du covoiturage commence sérieusement à lécher les rivages suisses: on trouve aujourd’hui des dizaines d’offres reliant quotidiennement les grandes villes romandes, à un prix extrêmement concurrentiel.
Quelques clics, et en voiture Simone
Nul besoin de préparatifs complexes pour voyager d’une ville à l’autre en partageant la voiture d’un inconnu: l’interface de BlaBlaCar permet, en un clic, d’afficher les offres des conducteurs qui voyagent sur le trajet qu’on souhaite effectuer. L’horaire de passage et le lieu de prise en charge s’affichent immédiatement, de même que le nombre de places disponibles, l’expérience du conducteur et le véhicule qu’il utilise. Il suffit ensuite de s’enregistrer sur le site et de payer la somme indiquée par carte de crédit. Le montant n’est viré au conducteur qu’après confirmation, par le passager, que le voyage s’est bien déroulé. Et restitué au voyageur qui reste sur le trottoir si le chauffeur lui pose un lapin! Expérience faite, le système est convaincant. Nos deux tentatives se sont soldées par des trajets sans encombre, des horaires respectés et une ambiance conviviale pendant le parcours, qui rassemble souvent plusieurs passagers.
Genève-Lausanne pour une thune
Le covoiturage peut-il, en Suisse aussi, s’imposer comme une alternative valable aux transports publics, pour des trajets occasionnels? Nous avons testé le site BlaBlaCar sur trois parcours en Suisse romande, avec des résultats contrastés (voir tableau). Au niveau du prix, l’offre est sans concurrence avec les tarifs des CFF, demi-tarif et billets dégriffés compris. Sur le parcours Genève-Lausanne, les meilleurs prix proposés par les conducteurs démarrent à 5 fr. et le prix moyen tourne autour de 7.50 fr. Comparé aux 21.80 fr. d’un trajet plein tarif en train (2e classe), il n’y a pas photo! L’économie est encore plus importante sur les trajets plus longs, car la commission qu’encaisse le site dépend peu du nombre de kilomètres parcourus. Un Genève-Bâle coûte ainsi 25 fr. en moyenne, soit près de trois fois moins qu’un aller simple en train, et toujours plus de 10 fr. de moins qu’un ticket demi-tarif. Il est certes possible de payer moins cher en achetant un billet dégriffé en ligne, mais la réduction est faible s’il n’est pas acheté plusieurs jours à l’avance.
Pas possible partout
Le concept est donc bon pour le portemonnaie… mais pas de tout le monde: si l’offre est très bonne entre les plus grandes villes (on trouve par exemple plusieurs dizaines de trajets quotidiens entre Genève, Lausanne et Bâle, à toutes les heures de la journée), rien de tel dès que l’on quitte les grands axes: impossible, par exemple, de trouver un covoiturage entre Neuchâtel et Martigny. En fait, en l’absence de plateforme suisse, la plupart des conducteurs inscrits viennent de France voisine et traversent souvent la Suisse pour éviter le coût des péages. Autrement dit, si l’axe nord-sud est très bien desservi, c’est nettement moins le cas des relations est-ouest.
On n’obtiendra pas de meilleur résultat en se tournant vers les rares plateformes de covoiturage d’origine suisse, car leur offre n’en est qu’à ses balbutiements: nous n’avons pas plus trouvé d’offre entre Neuchâtel et Martigny sur le site e-covoiturage.ch que sur karzoo.ch. Quant à l’application Tooxme, son concept est réservé avant tout aux courtes distances à l’intérieur des villes: chaque trajet est, en effet, facturé 1 fr. par kilomètre au passager, ce qui dépasse largement le prix d’un trajet en train.
Vincent Cherpillod


