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11 assurances rentes viagères: la rente viagère est rarement un bon plan

A moins de devenir très vieux, la rente viagère n’est, financièrement, pas intéressante. Elle offre néanmoins des avantages pour les héritiers.

La perspective de la retraite n’a pas que de douces réjouissances. Les vacances éternelles impliquent souvent une baisse drastique des revenus. Pour savoir à quelle sauce financière on va être mangé, l’établissement préalable d’un budget est fortement conseillé. On prendra soin alors de recenser toutes les sources de revenus qui seront disponibles: AVS, prévoyance professionnelle, comptes du 3e pilier, etc.

C’est à partir de cette projection qu’on saura si les ressources seront suffisantes pour couler ses vieux jours sereinement. Pour les compléter, certains prendront des mesures plus ou moins risquées en investissant leurs économies ou le capital de leur 2e pilier dans la pierre ou les papiers valeurs (obligations, actions, etc.). D’autres préfèrent utiliser prudemment leur pécule pour s’assurer des rentrées régulières.

Dans cette optique, la rente viagère est une solution qui peut paraître, de prime abord, séduisante. Elle assure une pension à vie et, avec l’option de restitution du capital en cas de décès, les héritiers touchent le solde qui n’a pas été utilisé. Mais le rendement de ces produits n’est pas très élevé. C’est ce qui ressort de l’enquête que nous avons menée auprès des principaux acteurs dans ce domaine.

Rente garantie à considérer

Nous leur avons soumis deux scénarios pour comparer leurs prestations. Le premier simule un homme de 65 ans, célibataire, qui décide d’investir 300 000 fr. dans une rente immédiate, avec restitution de capital en cas de décès (voir tableau (A)). Le second reproduit l’exemple d’un couple (lui 65 ans, elle 64 ans) qui engage également 300 000 fr. avec restitution du capital aux héritiers en cas de décès de Madame et de Monsieur. Et, en cas de disparition de l’un des deux assurés seulement, le survivant touche 100% de la rente (voir tableau (B)).

Nous avons demandé aux institutions de nous communiquer deux montants: la rente annuelle garantie 2 et la rente annuelle englobant les excédents 4.

En effet, certains vendeurs d’assurances préfèrent mettre ce dernier chiffre en avant, étant donné qu’il est sensiblement plus attractif pour les clients. Or, les excédents ne sont autres que les éventuels bénéfices redistribués. Ce sont donc des prévisions sur lesquelles il serait périlleux de se baser. Pour éviter toute mauvaise surprise, une offre ne doit donc être considérée que sur la rente garantie.

Mieux vaut mourir âgé…

En se référant aux montants qui nous ont été transmis, on constate que c’est chez Nationale Suisse qu’il sera le mieux servi en touchant 12 242 fr. par an, ce qui correspond à un taux de conversion 3 de 4,18%. Cela signifie pourtant qu’il devra vivre jusqu’à 90 ans au moins pour que ses rentes dépassent son investissement initial de 300 000 fr.! Dans le cas du couple (tableau (B)), il faudra que Madame vive jusqu’à 93 ans ou Monsieur jusqu’à 94 ans pour que la totalité des montants soit supérieure à la mise de base.

Si nos assurés décèdent plus tôt, les héritiers pourront toucher l’argent qui n’a pas été utilisé grâce à l’option de restitution de capital. Mais cette prestation est limitée dans le temps. Dans les scénarios que nous avons établis, nous avons demandé aux prestataires de fixer sa durée à vingt ans (1). Cela signifie que les héritiers ne touchent le solde du capital que si les assurés décèdent dans les vingt années suivant la conclusion du contrat.

Durée de restitution influente

Dans la majorité des cas, ce paramètre est modulable. Seuls Generali, Groupe Mutuel et Vaudoise n’ont pu établir des offres qu’avec des durées de restitution notablement supérieures à vingt ans. «Nous avons choisi d’offrir une rente à vie couplée à une très longue durée de restitution, ce qui permet de satisfaire simultanément le rentier et l’héritier», commente Marc Bachmann de Vaudoise.

Dans notre comparatif, ces trois compagnies sont défavorisées, sachant que la durée de restitution du capital a une influence directe: plus elle est longue, moins le rendement sera élevé. A titre d’exemple, la rente garantie de Zurich pour un homme de 65 ans chute de 11 424 fr. à 10 446 fr. si la durée est relevée de 20 ans à 28 ans. Aussi, celles et ceux qui veulent optimiser leur revenu auraient intérêt à faire fi de leurs héritiers en renonçant à l’option de restitution du capital. Mais, en supprimant cette dernière, on ampute aussi le produit de l’un de ses principaux atouts.

Moins bien que la rente LPP

En effet, le legs est bien le principal avantage de la rente viagère sur le 2e pilier. Car ce dernier ne laisse rien aux héritiers, à l’exception d’une rente d’orphelins aux enfants de moins de 18 ans, voire 25 ans s’ils sont encore en formation. Et, pour les couples qui choisissent une formule similaire à celle que nous avons choisie (tableau (B)), le décès de l’un des deux conjoints permettra au survivant de continuer à toucher le 100% de la rente, alors qu’il n’aura droit qu’à 40% du 2e pilier.

D’aucuns pourraient alors être tentés de retirer l’argent de leur 2e pilier pour l’investir dans une rente viagère. Un simple comparatif montre que c’est une opération financièrement défavorable (voir tableau (C)). Car, entre l’impôt perçu sur le retrait du capital, la différence de taux de conversion et le droit de timbre, l’assuré perdra 5540 fr. par an. Et ce, malgré le fait que la rente viagère n’est imposée qu’à 40% contre 100% pour le 2e pilier.

Au final, on constate donc que la rente viagère est un mauvais calcul, à moins de devenir très âgé. Son seul véritable atout, c’est la restitution de capital qui profite aux héritiers lorsque l’assuré décède. A condition, néanmoins, que la durée de cette option ne soit pas dépassée au moment du décès.

Yves-Noël Grin

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