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12 sauvignons du monde: un match entre Ancien et Nouveau-Mondes

Faire déguster du sauvignon blanc, c’était immanquablement provoquer une dispute entre l’ancien- et le nouveau-monde. Un vin genevois sauve l’honneur… européen.

Parmi les blancs de supermarchés, il y a des chasselas, du chardonnay ou du pinot gris à 4.50 fr. Pour le sauvignon, vin à la mode partout, c’est bien le meilleur marché (mais vendu à 7.49 fr. tout de même), de Lidl, qui l’a emporté, dans une dégustation qui mettait aux prises douze vins au prix médian de 12.20 fr.

Un jury étoffé de six membres (lire encadré) a permis d’éliminer les notes les plus hautes et les plus basses, pour se concentrer sur le cœur des notations. D’où, aussi, des ex æquos, en tête et pour la «médaille de bronze», que se partagent pas moins de quatre vins!

70% en plus en 10 ans

En dix ans (2000–2010), la surface de ce vieux cépage, que François Rabelais évoquait déjà dans Gargantua sous son ancien nom de «fier», a progressé de 70%, passant de 65 000 à 110 000 hectares (ha) pour l’ensemble de la planète. La Nouvelle-Zélande est emblématique de cette progression. Le sauvignon n’y a fait son apparition que dans les années 1970. Quarante ans plus tard, il y en a plus de 18 000 ha plantés, dont 16 000 ha (un plus que l’entier du vignoble suisse!) au nord de l’île du Sud, dans la région de Marlborough.

Pas moins de quatre sauvignons de notre dégustation affichaient cette lointaine origine. Le premier, sous la marque d’acheteur de Lidl, a charmé les dégustateurs, aussi bien professionnels que les lecteurs de Tout Compte Fait. Frais, vif, typé du style variétal et végétal néo-zélandais, il représente bien le profil caractéristique à la fois du cépage, du terroir et de la modernité de la vinification.

Premier ex æquo, le sauvignon gris – une mutation de couleur connue depuis longtemps – de la Cave de Genève est une heureuse surprise.

En Suisse aussi, le sauvignon a fortement progressé, passant de 37 ha en 2000 à 157 ha en 2013, dont 6 ha de gris, principalement à Genève.

Parmi les viennent-ensuite, quatre ex æquos, on retrouve deux vins néo-zélandais, un chilien et le premier Sancerre. Ce vin, dégusté après six autres du Nouveau-Monde, a divisé notre jury, les deux sommeliers d’origine française soutenant avec brio son style, manifestement moins marqué par le végétal et l’acidité que les précédents. Même division pour le néo-zélandais nommé «River Lane», le 2012 le mieux classé, d’une étonnante fraîcheur et d’une complexité aromatique qui surprenait.

Puissance ou élégance

On notera que les deux autres Sancerre sont placés au milieu du tableau, jouant davantage sur la puissance que sur la fraîcheur et l’élégance. Ces deux dernières qualités ne sont pourtant pas l’apanage de tous les vins du Nouveau-Monde, comme en témoignent les moins bien classés parmi les néo-zélandais, un chilien et un sud-africain (produit dans l’arrière-pays d’Hermanus par le Suisse Jean-Claude Martin). Quant au deuxième suisse, un valaisan de 2012, il n’a guère convaincu.

Quand boire ces blancs? Il faut tenir compte des styles: les plus fringants peuvent être servis à l’apéritif et sur des mets asiatiques épicés. Et les Sancerre à table, plutôt qu’à l’apéritif, sur des poissons, voire de la volaille.

Comme le dit le site internet du Concours mondial du Sauvignon, dont la sixième édition aura lieu les 22 et 23 mai 2015, au nord de l’Italie, «le sauvignon offre un niveau qualitatif intéressant, parfois excellent, ainsi qu’un repère facilement reconnaissable parmi un vaste choix de vins.»

Pierre Thomas