
Les moteurs diesels polluent toujours
Les nouvelles voitures au diesel devraient être bien moins polluantes, notamment du fait de la norme Euro 6. Une récente étude démontre que ce n’est pas encore le cas.
Les voitures fonctionnant au diesel consomment moins de carburant que les modèles à essence et, par conséquent, émettent moins de CO2. Mais cette technologie est loin d’être parfaite. Elle produit, en effet, des oxydes d’azote, soit d’autres gaz à effet de serre nuisibles à l’environnement. Et ces toxines touchent également la santé, puisqu’elles attaquent les voies respiratoires et engendrent des inflammations, des bronchites et des dommages pulmonaires chroniques. Elles favorisent enfin la formation de smog.
Norme Euro 6
La nouvelle norme Euro 6 concernant les émissions devrait nettement améliorer la situation. Ainsi, les voitures diesels standard qui seront prochainement mises sur le marché sont censées économiser une grosse moitié des oxydes d’azote. En chiffres, cela représente 80 milligrammes par kilomètre contre 180 à l’heure actuelle. Cette restriction entre en vigueur pour les véhicules soumis à validation à partir de ce mois. Mais, bien avant déjà, de nombreux modèles ont été construits en respectant ces limitations, comme la VW Passat Blue TDI, la Mercedes E 350 Bluetec ou encore l’Opel Zafira Tourer 1.6 CDTI.
Néanmoins, une récente étude de l’Institut de recherche néerlandais TNO démontre qu’Euro 6 ne conduit pas forcément à des moteurs plus propres. Tests à l’appui, l’institut a, en effet, démontré que neuf véhicules sur dix émettaient beaucoup plus d’oxydes d’azote que la limitation autorisée. Les mesures variaient entre 500 et 800 milligrammes, soit près de dix fois la valeur maximale admissible! D’autres études confirment ces résultats.
Ces grandes différences s’expliquent par le fait que les tests officiels actuels concernant les mesures des émissions de polluants ne correspondent pas à un comportement de conduite classique.
Il serait, en effet, plus pertinent de mesurer l’émission d’oxydes d’azote à des vitesses élevées, car, plus on roule vite, plus ces particules sont libérées dans l’air. Mais, lors de l’évaluation NEDC (New European Driving Cycle), soit la procédure valable dans l’Union européenne depuis 1996, la vitesse moyenne est de 33,6 km/h avec une pointe à 120 km/h qui ne dure que quelques secondes seulement. Au-dessus de cette vitesse, mais aussi lors de fortes accélérations devenues courantes avec les puissants moteurs actuels, la pollution n’est donc pas prise en compte.
Voitures optimisées pour le contrôle
De plus, les constructeurs automobiles usent de petites astuces pour s’en sortir lors des tests. Les voitures d’essai ne sont souvent équipées que des accessoires nécessaires, de sorte que le véhicule est allégé et consomme donc moins de carburant. La climatisation est aussi désactivée dans le même but.
Or, ces procédures de contrôle resteront en place jusqu’à l’automne 2017. Une nouvelle méthode de test, appelée «Real Driving Emissions», reflétant mieux la conduite automobile actuelle, sera alors intégrée. Si les experts s’en réjouissent, la manière dont sont édictées ces nouvelles règles les laisse perplexes, puisqu’elles sont issues d’une négociation entre le législateur européen et… l’industrie automobile!
De son côté, la Suisse ne veut pas introduire de critères plus rigoureux que dans l’UE pour les nouvelles voitures en circulation. «Ce serait contraire aux accords bilatéraux», justifie Thomas Rohrbach, porte-parole de l’Office fédéral des routes.
Quoi qu’il en soit, les moteurs devant répondre à la nouvelle norme européenne sont moins polluants que les anciens. Par conséquent, «pour les personnes désireuses d’acheter une voiture diesel, mieux vaut choisir un véhicule Euro 6», recommande Kurt Egli, de l’Association transports et environnement (ATE).
Marc Mair-Noack/ld


