
Payer pour l'erreur d'autrui
étranglé par les factures d’une société de gestion, un sexagénaire prend un avocat. Son capital de prévoyance est en outre immobilisé à l’étranger.
«Gain de temps et d’argent pour votre bien-être», promet le site internet de MGA Gestion, à Vevey, une société de courtage proposant ses services dans tous les domaines à peu près. «J’ai surtout l’impression qu’elle a trouvé le filon pour plumer ceux qu’elle considère comme des pigeons, en profitant de leur manque de connaissances», rétorque Alain*, écœuré par les notes salées envoyées à son frère Philippe*. Au fil des années, celui-ci a versé des milliers de francs à MGA Gestion, déjà épinglée par notre partenaire Bon à Savoir (février 2012) pour ses services immobiliers.
Imprécision
«La facture ouverte de mon frère envers MGA Gestion s’élève encore à 5000 fr.», précise Alain. Et ce n’est pas tout: à la suite de l’imprécision du courtier, une partie du 3e pilier de Philippe a été bloquée quatre mois en Allemagne.
En mai dernier, en effet, MGA fait virer deux polices d’assurance vie liées rachetées à La Bâloise dans le Fonds Fairvesta Mercatus à Stuttgart, pour un montant total de 42 290 fr. Mais l’ordre adressé à la compagnie indique le nom du fonds sans préciser celui du titulaire. «A 61 ans, notre client est libre de disposer de sa fortune et nous avons donc suivi à la lettre les instructions transmises par le courtier», explique Amos Winteler, porte-parole de La Bâloise. Celles-ci étant incomplètes, Fairvesta met ce capital en attente.
Claude Dalla Palma, directeur régional de Fairvesta, identifie le destinataire du virement et réclame une confirmation formelle… qui ne vient pas. Philippe renonce à ce placement et résilie son contrat. Le 24 juillet dernier, Fairvesta demande à MGA Gestion les coordonnées bancaires précises de La Bâloise pour retourner l’argent. En vain: c'est finalement la compagnie elle-même qui les envoie, à la mi-septembre!
Mais MGA Gestion ne perd pas le nord. En juin dernier, Philippe, qui paie déjà un forfait annuel de 360 fr., était encore prié de passer à la caisse. On lui facture cette fois le temps passé pour démêler l’écheveau (voir tableau)! «C’est normal, car nous n’avons pas été rémunérés pour ce travail, rétorque Malika Meylan, directrice administrative de MGA Gestion, qui rejette toute la faute du placement avorté sur Fairvesta. Notre client a du reste pris connaissance de nos tarifs en signant son contrat.»
Couper les ponts
Une pratique «étonnante», selon Claude Dalla Palma, les intermédiaires étant rémunérés par des commissions quand le placement aboutit. Or, Philippe est un client de longue date. Fairvesta n’exclut donc pas de couper les ponts avec MGA Gestion. Il ne serait pas le premier: Groupe Mutuel, auprès de qui Philippe avait également contracté une assurance, a eu connaissance de problèmes sérieux entre MGA Gestion et certains de ses concurrents: «Nous avons interrompu notre relation en juillet 2014», indique son porte-parole, Yves Seydoux. Ulcéré, Philippe a résilié son contrat avec le courtier et s’en est remis à un avocat.
*Prénoms d’emprunt.
Claire Houriet Rime


