
Le goudron et le béton tuent la rando
Les chemins de randonnée pédestre participent au charme de la Suisse. Ils servent au délassement et au tourisme en mettant en évidence des paysages ou d’autres richesses patrimoniales. Mais, comme le relève le dernier magazine de l’ATE, la proportion de revêtements durs (goudron, béton, etc.) ne cesse de croître. Ainsi, l’Association faîtière Suisse Rando estime que plus d’un quart des 65 000 km de chemins pédestres sont désormais asphaltés ou bétonnés. Entre 2000 et 2013, cette part a progressé de 1300 km pour s’établir à 16 500 km.
Des dispositions légales sont censées lutter contre ce phénomène galopant. Le réseau est, en effet, protégé par la loi fédérale sur les chemins pour piétons et les chemins de randonnée pédestre (LCPR) ainsi que par l’ordonnance y relative (OCPR). En substance, l’article 7 de la LCPR stipule que les chemins supprimés doivent être remplacés, s’ils ne sont plus accessibles, s’ils sont coupés, s’ils sont ouverts à la circulation ou «si des tronçons importants sont revêtus de matériaux impropres à la marche». Or, l’OPCR précise très clairement que les revêtements bitumés, goudronnés ou cimentés sont considérés comme impropres à la randonnées pédestre.
Aveu d’impuissance
Hélas, ce cadre légal peine à être appliqué. Dans son guide «Obligation de remplacement des chemins de randonnée pédestre» élaboré conjointement avec Suisse Rando en 2012, l’Office fédéral des routes (Ofrou) admet qu'«il n’a pas été possible, jusqu’ici, d’enrayer l’augmentation de la pose de revêtements bitumineux et du trafic motorisé sur les chemins de randonnée».
Selon Niklaus Trottman, de Suisse Rando, les causes sont multiples: «Dans certains projets, les autorités communales ou cantonales compétentes estiment souvent que les intérêts des randonneurs sont moins importants que ceux des maîtres d’ouvrage. Et, en plus, il arrive encore et toujours que des propriétaires goudronnent leur chemin sans procédure de permis de construire, mettant ainsi tout le monde devant le fait accompli.»
Pour mieux protéger le réseau prédestre, Suisse Rando estime qu’il faudrait avant tout appliquer l’article 7 de la LPCR avec plus de rigueur et inciter financièrement les paysans à préserver les chemins gravelés et à renoncer ainsi à leur goudronnage.


