
Pas d’égalité face à la mort
L’espérance de vie des travailleurs a un impact direct sur les rentes de vieillesse, puisqu’elles sont garanties jusqu’au décès de l’assuré. Or, de nombreuses études montrent que les personnes qui gagnent peu vivent moins longtemps. Exemple: les travailleurs allemands avec un bas salaire ont une espérance de vie de 70,1 ans en moyenne, soit dix ans de moins que les personnes bénéficiant d’un haut revenu (80,9 ans).
En Suisse, une recherche de l’Université de Genève montre des signes similaires: 15% des employés de sexe masculin travaillant dans l’industrie hôtelière meurent avant la retraite, alors qu’ils ne sont «que» 7% chez les enseignants ou les architectes. Autres chiffres: les femmes de 65 ans au bénéfice d’une formation supérieure ont une espérance de vie résiduelle de 22,4 ans en moyenne contre 20,3 ans pour celles qui n’ont pas d’autre formation que l’école obligatoire.
Comme les ouvriers décèdent plus tôt, le capital nécessaire pour la retraite est inférieur à la moyenne. Les bas salaires subventionnent donc indirectement les personnes vivant plus longtemps. Il semblerait donc plus juste que le taux de conversion pour les rentes soit adapté à l’éducation ou au revenu du travailleur.
L’Association suisse des institutions de prévoyance (ASIP) n’adhère pourtant pas à cette idée qui, selon elle, serait compliquée à mettre en place et dégraderait la lisibilité et la transparence de la prévoyance professionnelle. Et, pour l’Office fédéral des assurances sociales, de nombreuses caisses de pension sont trop petites et n’ont ainsi pas forcément un panel de travailleurs différenciés permettant l’introduction d’un tel système.
L’espérance de vie est, cependant, censée être prise en compte par les fonds de pension via les données BVG 2010 et VZ 2010. «Ces données couvrent les différents secteurs d’activité et les différentes régions. Elles donnent donc une image réaliste de l’espérance de vie», estime l’ASIP. Le doute est toutefois permis, car ces échelles contiennent une forte proportion de personnes travaillant pour l’Etat ou actives dans les services, soit des personnes vivant plus longtemps que la moyenne.


