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Les offres de petits crédits pullulent sur le net

Les sociétés actives sur le marché du petit crédit en ligne se multiplient, mais sans grand bénéfice pour le consommateur. Décryptage et comparaison des offres réelles.

A en croire les spots publicitaires ou les affiches grand format qui essaiment dans les centres urbains, il n’a jamais été aussi facile d’obtenir un petit crédit. D’autant qu’il n’est plus nécessaire, aujourd’hui, de rencontrer et d’affronter un conseiller bancaire: le prêt tendance 2014 est décomplexé, simple et rapide. On expédie sa demande en quelques clics, sans bouger du salon et sans exposer les motifs de l’emprunt. Une simplicité sur laquelle communiquent d’ailleurs largement les acteurs de la branche.

Une requête sommaire sur un moteur de recherche permet d’identifier, en Suisse, plus d’une trentaine de sociétés actives dans le domaine du crédit à la consommation. Cette concurrence acharnée ne se répercute cependant pas sur les taux d’intérêt proposés: d’un site à l’autre, ils sont souvent semblables et n’ont pas bougé d’un pouce depuis l’été dernier (TCF 9/2013, Petits crédits? ça coûte toujours bonbon!). Et pour cause! Sous la pléthore d’offres se cachent, en effet, un nombre très limité d’établissements. Il n’en existe, en fait, que cinq – en considérant les banques cantonales comme une seule entité – qui prêtent réellement de l’argent (voir tableau).

Peu de banquiers, beaucoup de courtiers

Tous les autres ne sont que des intermédiaires, des courtiers qui travaillent avec une ou plusieurs de ces banques et sont rémunérés par celles-ci sous forme de commissions. Difficile de faire la différence entre les deux sur internet, car les conditions d’emprunt, les montants, les durées de remboursement et la présentation des formulaires de demande de prêt en ligne sont presque similaires. Et c’est logique: les emprunts – du moins ceux compris entre 500 fr. et 80 000 fr. – sont réglementés par la loi sur le crédit à la consommation (LCC). Les contrats ne sont d’ailleurs pas signés avec les sociétés de courtage, mais avec la banque qui prête l’argent.

Dès lors, pourquoi passer par un courtier plutôt que par une banque? Ceux que nous avons interrogés énumèrent plusieurs avantages: libérer les clients des démarches administratives, les accompagner tout au long de la procédure, obtenir de meilleures conditions d’emprunt et un taux d’acceptation des dossiers plus élevé. Doit-on comprendre qu’ils sont moins regardants quant aux conditions d’octroi d’un crédit? Directeur de credit-conseil.ch, Iohan Colarusso s’en défend: «Ce sont les banques qui décident d’accorder ou non les prêts. Elles établissent le budget du client ainsi que sa solvabilité, et en supportent la responsabilité. Le meilleur taux d’acceptation s’explique par l’expérience du courtier, qui sait sélectionner l’établissement le plus à même d’accorder le crédit en fonction du profil du client.» Tous insistent d’ailleurs sur un point: s’adresser successivement à plusieurs banques peut s’avérer contre-productif, car tout refus est enregistré par la ZEK, Centrale d’information de crédit que consultent tous les établissements avant d’accorder un prêt. Un premier échec risque donc d’en entraîner d’autres, raison pour laquelle il est plus intéressant de confier son dossier à un intermédiaire unique.

Quant aux meilleures conditions, elles s’expliquent par les liens privilégiés qu’ils entretiennent avec leurs partenaires de prêt. «Dans certaines banques, les courtiers peuvent obtenir des conditions préférentielles pour leurs clients», poursuit Iohan Colarusso.

Pas de conditions miracles

Ce dernier argument est pourtant battu en brèche par les premières concernées: «Nos conditions d’octroi d’un crédit sont les mêmes pour tous les clients, indépendamment du canal de contact choisi. Cela est aussi valable pour les taux d’intérêt», rétorque Brigitte Kaps, porte-parole de la Banque Cembra. La même réponse nous a été donnée partout: déposé en direct ou par l’intermédiaire d’un courtier, un même dossier sera traité de manière strictement identique et obtiendra les mêmes conditions d’emprunt. Certaines banques – la BCBE et la Banque Migros notamment – refusent d’ailleurs de travailler avec des intermédiaires. Avec respectivement 5,8% et 5,9% (uniquement online), ce sont elles qui proposent les taux d’intérêt les plus bas. «Il est dès lors impossible d’offrir des commissions aux courtiers», justifie la Banque Migros.

Contrôle lacunaire

Les acteurs du petit crédit sont donc contraints à un exercice d’équilibrisme très délicat: d’un côté, convaincre leurs clients que leurs demandes ont toutes les chances d’être acceptées, à grand renfort d’accroches publicitaires. De l’autre, se défendre des allégations de laxisme dont ils sont régulièrement la cible. Sur son site, creditum.ch admet, par exemple, que, en 2013, seules 18% des demandes passées par sa société de courtage ont été acceptées, car la LCC est sévère et conditionne l’octroi de tout crédit à la consommation à une analyse du budget, afin de protéger le consommateur contre le surendettement.

Aux yeux de Dettes Conseils Suisse, association faîtière des services de désendettement à but non lucratif, cette protection n’est néanmoins pas satisfaisante, car les banques se livreraient à un examen budgétaire lacunaire, insuffisant pour s’assurer qu’un client ne tombera pas dans la spirale du surendettement (lire encadré).

Prudence

S’offrir un petit crédit doit donc rester une décision mûrement réfléchie. Dans la mesure du possible, mieux vaut étudier d’autres éventualités d’emprunt moins onéreuses, en s’adressant par exemple à son employeur ou à des proches ou, si besoin, en demandant conseil à une institution sociale spécialisée dans l’établissement d’un budget et le désendettement.

Vincent Cherpillod