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12 chasselas 2013: chasselas à l'horizontale

Dans les supermarchés romands, les chasselas du dernier millésime figurent en bonne place. Cet été, des promotions ont cassé les prix et permis de déstocker ce vin blanc romand par excellence. Mais la qualité ne décolle guère.

Comme chaque année, on a jugé le dernier millésime des chasselas arrivé sur le marché, le 2013. Une année de petite récolte (lire encadré), tardive, avec des vins souvent marqués par de la verdeur (végétale) et de l'amertume finale. Ils manquent donc de peps, comme l'a aussi constaté la Commission du label Terravin, réservé aux meilleurs vins vaudois, dont trois membres du jury de Tout Compte Fait font partie (Richard Pfister, Jean Solis et Pierre Thomas).

Dans une année caractérisée par la grêle à Genève, à La Côte vaudoise et, surtout, à Neuchâtel, l'offre se résume à des fendants valaisans et à une multitude de vins vaudois, dans la proportion de chasselas de moins de 1000 ha en Valais et de plus de 2000 ha sur sol vaudois.

Des vaudois dilués dans l'assemblage

Les fendants répondent à une définition prévisible. Il nous a même semblé que les acheteurs des grandes surfaces privilégient des vins «classiques», avec un côté «vieux style» et «terroir» marqué.… Le Treize Etoiles d’Orsat s’en tire le mieux et se classe au 2e rang ex æquo.

Difficile, en revanche, de trouver une ligne précise dans la production vaudoise! Le choix dans les rayons témoigne de la confusion du règlement actuel sur les appellations. Près de 50% des vins vaudois feraient l'objet d'une livraison en vrac, chez les plus grands embouteilleurs. Comme le montre notre tableau (sous la rubrique origine), les appellations sont devenues, depuis 2009, régionales, avec les trois principales (en quantité), La Côte (48% du chasselas du canton en 2013), Lavaux (26%) et le Chablais (19%).

Les noms de Morges, Féchy, Aigle ou Yvorne ne sont plus que des «lieux de production». Cela signifie que, dans un Féchy AOC La Côte, il peut y avoir un assemblage de 60% de vin du lieu mentionné, avec 40% du reste de l'AOC régionale (La Côte), le tout augmenté de 10% de coupage avec du vin du reste du canton de Vaud… Seule la mention «Grand Cru» assure à l'acheteur qu'un Féchy contient 90% de vin de Féchy. Et, depuis 2013, Dézaley et Calamin sont même devenus AOC Grand Cru, garantis purs à 100%. Toutefois, aucun «Grand Cru» ne figure dans notre tableau.

Le terroir passe au second plan

Que la dégustation, strictement à l'aveugle, a désigné au premier rang un vin qui affiche son origine générique régionale, La Côte, pour un prix plancher – le moins cher du choix! – démontre que le système vaudois actuel engendre la confusion. Du même producteur, la Coopérative Uvavins, vient le troisième classé, le Morges Vieilles Vignes, AOC La Côte, le seul vin sur les douze qui arborait sur sa capsule le label Terravin. A l'opposé figure, au dernier rang, un vin régional générique, lui aussi, étiqueté «Lavaux, vignoble en terrasses.»

Dans les supermarchés, ce sont des vins d'entrée de gamme qui sont proposés, à des prix surprenants, puisque un Féchy rend entre 2 fr. et 3 fr. à un Aigle ou à un Yvorne. Si certains producteurs se dévoilent sous leur propre raison sociale, d'autres préfèrent un paravent commercial: la Cave des Lilas SA et la Cave de Bellecour SA sont des enseignes du groupe Schenk, la Cave La Bornettaz SA, de Hammel, tous les deux à Rolle, et Léderrey SA, de J. & M. Dizerens, à Lutry.

Finalement, par le triple jeu :

  • des appellations, noyées dans la région,
  • d'un millésime délicat à vinifier, avec la faculté d'assembler 15% d'un millésime antérieur,
  • d'une élaboration technique dans de grandes caves, tout effet «terroir», dont le chasselas est un révélateur, passe à l'arrière-plan d'une telle dégustation, à l'exception des fendants, pourtant sous une seule AOC cantonale Valais.