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Gérer l’argent au fil de l'âge

On ne place pas son argent de la même façon lorsqu’on touche son premier salaire ou qu’on s’approche de la retraite.

Du carnet d’épargne, ouvert à la naissance, à la vente de la maison familiale, pour avoir «de quoi» dans ses vieux jours, il s’est passé entre 75 et 80 ans, avec (presque) autant de stratégies pour les placements. Quelques conseils pour gérer au mieux son argent à dix étapes de la vie.

1 an

Ouvrir un carnet d’épargne pour le petit dernier, son filleul ou sa nièce, fait partie de ce qu’on appelle «les valeurs sûres». Mais qui dit «sûr», on le lira plusieurs fois par la suite, dit aussi «maigrichon».

Prenons l’exemple d’une des meilleures offres romandes actuelles, celle de la BCV. En plaçant 100 fr. à la naissance, et la même somme à chaque Noël et à chaque anniversaire sur un compte cadeau (disponible jusqu’à concurrence de 25 000 fr. dans la plupart des banques), l’enfant touchera 4247 fr. le jour de sa majorité.

Alternative plus audacieuse et nécessitant plus de moyens immédiats: puisqu’on a 20 ans devant soi, pourquoi ne pas jouer un peu avec le feu et placer deux fois 2000 fr. (à la naissance et au 10e anniversaire) en Bourse dans un portefeuille d’actions «bien de chez nous», sans rien dire à personne pour éviter le risque de décevoir en cas de déconfiture… En procédant de la sorte avec des actions suisses entre 1994 et 2013, l’enfant aurait touché, 11 057 fr. (moyenne, frais bancaires non déduits) à ses 20 ans.

12 ans

C’est l’âge de gérer son argent de poche (presque) comme un adulte. Les banques, qui cherchent à fidéliser leur future clientèle, proposent des conditions avantageuses, à défaut d’être franchement attirantes, conjoncture oblige. On ne parle pas des comptes privés, qui se distinguent plus par les prestations offertes que par leur rémunération, mais des comptes épargne, souvent appelés «jeunesse». Leur taux d’intérêt varie entre 1% et 2%. C’est peu, il est vrai, mais presque dix fois supérieur à ce qu’on propose aujourd’hui aux adultes(1)!

23 ans

Autant le dire tout de suite: voici venu le temps des vaches maigres. Certes, le premier salaire tombe, mais il sert précisément à s’équiper et à se faire plaisir… Bref, l’humeur n’est généralement pas à l’épargne, ou alors pour quelques mois seulement. Or, entre les comptes salaires, qui coûtent plus qu’ils ne rapportent à cause des frais de gestion et ceux réservés à l’épargne, que UBS ou la BCGE arrivent à rémunérer de 0,05% (soit 50 ct. pour placement de 1000 fr. un an durant!), il n’y a rien à espérer sur le court terme(1). Et si l'on se découvre une âme d’écureuil avant l’heure, il suffit de passer à l’une des étapes suivantes…

30 ans

La vie se partage à deux ou plus et le besoin de protéger l’autre (partenaire), ou plus encore les autres (enfants), s’impose logiquement. Plutôt que de craquer pour une assurance vie mixte, qu’un courtier ne manquera pas de vous proposer en s’appuyant sur de potentiels excédents ne correspondant jamais aux promesses, optez plutôt pour une assurance vie risque pur et investissez votre votre épargne dans des placements sûrs et légèrement supérieurs aux comptes d’épargne classique.

Imaginons que notre trentenaire dispose de 500 fr. par mois environ. Selon le comparatif publié dans notre édition de janvier dernier(2), une assurance vie avec une couverture de 120 000 fr. en cas décès, revient à 300 fr. par an environ. Le plus judicieux, pour ceux qui ne veulent prendre aucun risque, est de placer le solde en fonction des futurs besoins dans des bons de caisse, dont le rendement varie, à la BCN, entre 0,25% pour 2 ans et 1,25% pour 10 ans(1).

35 ans

Après le cinquième déménagement en moins de douze ans et la troisième table d’Ikea, l’envie de posséder ses propres murs fait son chemin. Nous voici à l’instant paradoxal où bien placer son argent, c’est en dépenser le moins possible… D’abord, en choisissant son ou, plutôt, ses hypothèques avec soin. Nous avons démontré, dans notre édition de février dernier(2), qu’une personne ayant emprunté 400 000 fr. en 1999, à un taux fixe bloqué durant 10 ans, a payé, 15 ans plus tard, 260 000 fr. d’intérêts. En combinant l’emprunt (un tiers avec un taux fixe à trois ans, un autre à 10 ans et le dernier dans du Libor), la somme tombe à 195 000 fr. environ, soit 65 000 fr. en moins!

Autre possibilité d’économiser, pour les personnes qui disposent d’un certain revenu tout au moins: faire un amortissement indirect dans un troisième pilier a, qui permet d’économiser passablement d’impôts (lire notre article d’avril dernier(2)).

45 ans

Les enfants sont encore à la maison mais sont suffisamment grands pour que les deux membres du couple travaillent, et les salaires poussent à doper le patrimoine. C’est peut-être l’heure de prendre un peu plus de risques, sans jouer au casse-cous pour autant.

La mission semble possible en investissant dans les très pépères obligations suisses, avec un horizon de 10 ans au moins. La dernière fois que l’opération s’est révélée négative (après déduction du renchérissement) remonte à bientôt 50 ans. Mais ceux qui l’on menée entre 2004 et 2013 ont obtenu un gain total de 27,7% (rendement annualisé: 2,5%), et même 41,7% entre 2002 et 2011 (3,5%) (lire notre article de mai dernier(2)).

50 ans

Le demi-siècle franchi, on en vient fatalement à se préoccuper de la retraite. Or, malgré des taux de rémunération et de conversion plutôt bas, le rachat de cotisations de la prévoyance professionnelle (2e pilier) reste un placement intéressant, surtout pour les personnes qui paient passablement d’impôts.

Prenons l’exemple d’un employé qui peut racheter 40 000 fr. aujourd’hui. La somme sera bloquée jusqu’à sa retraite et ne rapportera que 1,75% en 2014 (peut-être plus, peut-être moins les prochaines années), mais il va pouvoir entièrement déduire l’investissement de sa déclaration fiscale. Economie si son taux marginal est de 35%: 14 000 fr.! Certes, il devra aussi payer un impôt lorsqu’il touchera son capital, mais il ne dépassera pas 10%. L’affaire est donc intéressante.

55 ans

Le temps file et les parents viennent à nous manquer. Ils laissent derrière eux un petit héritage, bienvenu certes, mais dont on n’a pas vraiment le besoin. C’est peut-être l’occasion de prendre un peu plus de risques et de tenter, pour la décennie à venir, un placement dans des actions. Un portefeuille 100% suisse a, par exemple, rapporté un bénéfice global de 87,65% (rendement annualisé de 6,5%) entre 2004 et 2013. Mais, pour rappel, il fut négatif (perte globale de 8,7%) entre 2001 et 2010!

Autre solution: en faire profiter les enfants, qui commencent peut-être à rêver d’une maison. Pas de problème lorsque, comme le plus souvent, les donations aux descendants directs ne sont pas taxées, mais le canton de Vaud limite cette générosité à 50 000 fr. par enfant et celui de Neuchâtel à 10 000 fr. Après, il faut payer un impôt.

60 ans

Ici aussi, plus que de gagner de l’argent, le but est d’en perdre le moins possible. Notamment en planifiant les retraits de ses différents comptes de prévoyance professionnelle. A cet effet, il est conseillé de posséder au moins deux comptes 3a par personne, soit quatre pour un couple. En retirant le capital d’un compte, chaque année dès 60 ans, on diminue considérablement son imposition, qui est progressive.

En revanche, il est beaucoup plus difficile de donner des conseils pour le placement de l’argent ainsi retiré dans l’attente de sa consommation. L’heure n’est plus aux risques, et même les quelques pistes souvent citées (rentes viagères, amortissement de son hypothèque, etc.), ne sont pas nécessairement judicieuses. Finalement, il ne reste que l’épargne à court terme, les bons de caisse à moyen terme et (avec un peu plus de risques) les obligations à plus long terme.

75 ans

Le piège très fréquent dans lequel tombent les Suisses, c’est d’avoir misé une bonne partie de leur fortune dans la pierre. Arrive donc le moment où l’argent frais manque, les premières années de la retraite étant aussi les plus actives, donc les plus onéreuses.

S’il reste de nombreux projets à réaliser, l’heure est peut-être arrivée de vendre la maison pour passer à une location, la solution du viager étant peu usitée en Suisse. Le seul problème, en ces temps de taux faméliques, sera, une fois encore, de savoir où placer l’argent ainsi matérialisé pour une période désormais clairement à court ou à moyen termes.

Christian Chevrolet

(1) Retrouvez les principaux taux bancaires, actualisés chaque mois sur www.toutcomptefait.ch -> Services -> Votre argent -> Epargne et prêts.

(2) Tous nos articles sont accessibles (gratuitement pour nos abonnés) dans nos archives électroniques: www.toutcomptefait.ch -> Recherche.