
12 rosés suisses: oser les rosés romands?
Des montagnes de cartons de rosés ont fait leur apparition dans les supermarchés. Comme chaque année à la veille de l’été. Et si l'on se laissait tenter par les vins suisses, de cette couleur aussi?
Notre titre comporte un point d’interrogation. On le voit dans le tableau, les notes ne sont guère généreuses. Selon des études (lire encadré), plus de la moitié des rosés vendus dans les supermarchés sont d’origine valaisanne. Les quatre premières places révèlent un chassé-croisé entre des vins neuchâtelois, les plus chers de notre choix, et romands bon marché. Cela confirme, une fois de plus, que le prix d’un vin ne fait pas tout. Ni dans un sens ni dans l’autre: les vins chers en tête, les vins bon marché en queue, puisque, aux 2e et 4e rangs, figurent des vins nettement sous la médiane de 10.20 fr., alors que les trois derniers classés dépassent ce montant. C’est la première fois, aussi, qu’il a été possible de réunir 12 vins rosés provenant du dernier millésime (2013).
Un peu de blanc dans l’œil-de-perdrix
Certains œnologues soutiennent qu’il n’y a rien de plus difficile à élaborer qu’un vin rosé. L’acte d’achat se fait à l’œil déjà: on peut apprécier des vins pâles, mais brillants; en bouche, avec une présence de gaz carbonique et des des arômes plus «technos», qui rappellent que le rosé est issu de cépages rouges, mais vinifié comme un vin blanc. Une règle que la Suisse a décidé d’assouplir dès le 1er janvier 2014, en tolérant dans l’œil-de-perdrix, en principe issu uniquement de pinot noir, un coupage de 10% de pinot gris ou de pinot blanc.
C’est, précisément, deux œil-de-perdrix de Neuchâtel qui «grimpent» sur le podium. Le premier est issu de pinot noir cultivé en bio sur le plus grand domaine de ce genre en Suisse, Les Coccinelles, et vinifié par la Coopérative de La Béroche. Médaille de bronze, un grand classique des Caves du Château d’Auvernier. A cause de la grêle dévastatrice du 20 juin 2013, ce vaste domaine a décidé de privilégier l’œil-de-perdrix, au détriment du pinot noir vinifié en rouge de garde. Et une des cuvées de ce rosé vient de remporter une médaille d’or à la Sélection des vins de Neuchâtel, dont les résultats ont été publiés après l’achat des bouteilles de notre dégustation à Coop.
Le gamay en bonne position
Au deuxième et quatrième rangs figurent des vins d’extraction plus modeste. Le deuxième est un «vin de pays» romand – qui n’exclut pas une matière première partiellement valaisanne. Et le quatrième revendique son origine genevoise. Ces deux vins sont tirés du gamay, qui donne des vins moins souples, moins ronds que ceux issus du seul pinot noir.
Le premier vin valaisan se classe cinquième, en œil-de-perdrix, qui n’est donc pas l’apanage des seuls Neuchâtelois: il est admis dans toute la Suisse. Le Valais, en revanche, a l’exclusivité de l’appellation «Dôle blanche», qui peut être produite à partir de pinot noir pur (comme l’œil-de-perdrix), mais pressé et vinifié comme un vin blanc, soit un «blanc de noirs» (vin blanc de raisins noirs). Cette législation cantonale va évoluer ces prochains mois, en parallèle avec celle fédérale. Et aucune dôle blanche ne figure dans notre dégustation.
Derrière les premiers classés, les vins suivants sont plus ardus à apprécier. Si un rosé est difficile à élaborer, il l’est aussi à déguster… La mode du rosé avec un peu de sucre résiduel, qui est celle des rosés d’Anjou traditionnels, par exemple, paraît revenir dans la mouvance des proseccos. Comme sont en vogue les arômes «technos», dits amyliques, qui font paraître les vins synthétiques, en raison des levures et de la basse température de fermentation.
Fallait-il confronter les rosés suisses à des rosés étrangers? On l’a fait par le passé (lire les archives en ligne sur notre site). Mais, selon les statistiques, le vin indigène avait le vent en poupe dans les supermarchés l’an passé. Et les rosés suisses affichent leur originalité par leurs cépages, pinot noir et gamay, mais aussi gamaret et garanoir. Alors oui, osez les rosés romands! Et rappelez-vous que plus ils seront servis frais, pour ne pas dire glacés, moins leurs arômes, positifs ou négatifs, seront perceptibles.
Pierre Thomas


