
Ma voiture à plein tube
Une nouvelle technologie permet de réduire le bruit des pots d’échappement de 25% environ. Mais les constructeurs préfèrent celle qui, à l’inverse, augmente le niveau sonore!
La circulation routière est la principale source de bruits excessifs en Suisse. Une personne sur cinq en souffre le jour, une sur six la nuit. Selon l’Office fédéral de l’environnement, les frais qu’ils engendrent représente 1,26 milliard de francs. Et le problème ne fait qu’augmenter, avec des véhicules de plus en plus nombreux et, surtout, plus grands, donc avec des moteurs plus puissants et des pneus plus larges.
Certes, le Parlement européen a décidé, en avril dernier, que le niveau sonore des voitures ne pourra plus dépasser 68 dB, mais le lobby automobile a réussi à retarder l’entrée en vigueur définitive à 2024 et à obtenir des marges (allant de 1 à 9 dB) pour les véhicules les plus puissants! Avec un tel calendrier, prévient le Groupement des responsables cantonaux de la protection contre le bruit, il faudra compter trente ans pour que le calme revienne quelque peu sur nos routes!
Pourtant, la solution existe. Elle ressemble d’ailleurs à la technologie employée pour réduire le bruit environnant des casques d’écoute musicaux. Le pot d’échappement est équipé d’une petite boîte contenant un haut-parleur (photo ci-dessus), lequel diffuse des bruits qui vont contrer ceux émis par le moteur. C’est selon ce principe que l’entreprise allemande Eberspächer propose, notamment, son système «Active Silence», qui permet, selon elle, de réduire de 25% le niveau sonore d’une automobile. Mais elle dispose aussi de la technologie inverse, appelée «Active Sound», qui permet, par exemple, d’amplifier le son d’un moteur diesel et de produire le bruit d’une voiture de sport! Or, si aucune firme automobile n’a cru bon d'opter pour le système silencieux en série, cinq marques renommées ont, en revanche, jeté leur dévolu sur celui qui augmente le bruit! Ainsi en va-t-il du break diesel A6 d'Audi. Et interpellé par notre rédaction, le constructeur allemand ne voit pas pourquoi il ferait de même avec un réducteur de bruit, ses véhicules respectant les normes légales. C’est dit!
Pourtant, les deux systèmes ont un coût presque identique: environ 1600 fr. Une somme qu’il serait, bien entendu, possible de diminuer avec une production en série. Moralité, si on ose dire: les constructeurs sont prêts à débourser ce qu’il faut pour faire hurler leurs moteurs, mais rechignent à la moindre dépense supplémentaire pour diminuer le fléau du bruit.
christian chevrolet / dc


