
Se baigner au milieu des nénuphars
à mi-chemin entre étang et bassin de natation, les piscines naturelles transforment un bout de jardin en biotope. peut-on y plonger les yeux fermés?
Depuis son apparition il y a près de 30 ans, la piscine naturelle ne cesse de creuser son trou. Au bleu immaculé des bassins chlorés, elle substitue les tons vert tendre de son eau, entourée de joncs et d'autres plantes aquatiques. Et celle-ci reste propre sans le moindre produit chimique ni processus de filtration artificiel: partie intégrante du bassin, c’est le biotope dans son ensemble qui se charge de l’épuration. A l’inverse d’une piscine traditionnelle, milieu stérile par excellence, une baignade naturelle constitue un véritable petit écosystème qui attire naturellement une faune et une flore variées.
L’eau se bonifie avec le temps
Pour que cela fonctionne, il ne suffit pas de planter deux ou trois roseaux et de jeter quelques grenouilles au fond du bassin! Le système repose sur un équilibre biologique assez sophistiqué, qui doit être minutieusement conçu et ajusté pour donner des résultats concluants.
Selon le principe du lagunage, l’eau transite par deux espaces de faible profondeur qui jouxtent la zone de baignade: un premier dédié à l’épuration de l’eau et un second à sa régénération, notamment en oxygène. Le plus souvent, les zones réservées au nettoyage de l’eau sont séparées de l’espace de la baignade par un muret immergé. Elles peuvent même être complètement isolées, auquel cas une pompe assure le passage de l’eau usée au travers des deux bassins de traitement. Dans ce dernier cas, la zone de régénération prend souvent la forme d’un petit ruisseau en cascade, qui accélère la réoxygénation de l’eau.
En fonction de leurs propriétés épuratives ou oxygénantes, les plantes aquatiques placées dans l’un ou l’autre des bassins se chargent de maintenir la salubrité du milieu, au fil des années. Car l’eau d’une piscine naturelle n’est jamais changée! Comme le bon vin, elle se bonifie même avec le temps, pour autant que l’équilibre entre ses différents espaces soit bien ajusté. On considère, par exemple, qu’une surface aussi grande que la zone de la baignade doit être réservée au traitement de l’eau, pour que le système fonctionne sans aide supplémentaire.
Un régal pour l’œil
A première vue, une piscine naturelle est un régal pour les yeux. Au propre comme au figuré d’ailleurs, puisque l’absence de chlore évite toute irritation des muqueuses. «On a l’impression de se baigner dans un lac de montagne», s’enthousiasme Valérie Brulhart, qui a construit son bassin, il y a huit ans, sur les hauts de Vevey.
Ces piscines ont-elles donc tout pour elles? «Il y a quand même des inconvénients, reconnaît-elle. La première année, il y avait énormément d’algues. Depuis, l’eau est devenue claire, mais on doit ajouter de temps en temps des bactéries en début de saison pour éviter leur prolifération.» C’est d’ailleurs le principal souci auquel sont confrontés les propriétaires de ces étangs de baignade, presque inévitable les premières années. Pour s’en débarrasser, il faut retravailler l’équilibre des bassins: retirer les feuilles mortes avant leur décomposition, ajouter des plantes qui ombragent la zone d’épuration, l’agrandir ou encore renoncer aux poissons.
«Mieux vaut aimer jardiner, ajoute Valérie Brulhart, car on doit s’occuper des plantes aquatiques, notamment en début de saison.» Mais le jeu en vaut la chandelle: «Toute l’année, je peux observer la vie de la faune autour du bassin. Des oiseaux viennent y boire, et même des biches! Si c’était à refaire, j’opterais pour la même chose, sans hésitation.»
Pas plus cher qu’un bassin traditionnel
Le prix de cet oasis de verdure dépend, bien sûr, de la taille du bassin et du luxe des aménagements souhaités. A surface totale égale, on considère qu’une piscine naturelle coûte le même prix qu’une piscine traditionnelle, soit environ 1000 fr. par m2. En revanche, les coûts d’entretien, limités à la pompe, à un robot nettoyeur et au toilettage des plantes aquatiques, réduisent la facture à long terme.
Vincent Cherpillod


