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Une banque pas comme les autres

La Banque Alternative Suisse est aussi petite qu’originale dans son approche de l’économie. Chez elle, ce sont les aspects sociaux et écologiques qui priment.

Et si l'on s’était trompé d’adresse? Les bureaux ressemblent à ceux d’un modeste notaire de campagne, les collaborateurs portent le jean et on sert aux clients du café Fairtrade et de l’eau qui coule tout droit du robinet. Bienvenue à la Banque Alternative Suisse (BAS). Une banque différente des autres, et pas par son apparence seulement.

Fondé en 1990, l’établissement est un Petit Poucet qui compte quatre succursales – dont une à Genève et une à Lausanne –, 85 collaborateurs et 30 000 clients. Ce n’est pourtant pas sa taille, mais bien sa philosophie qui fait sa particularité. La BAS se dit centrée sur l’éthique en suivant un modèle économique alternatif, écologique et social. «Nous travaillons dans un esprit de développement durable, sans rechercher à maximiser les profits», ajoute Nicole Bardet, conseillère en financement au sein de la succursale lausannoise et membre du conseil d’administration.

Critères bien définis

Dans les faits, la BAS a des activités comparables aux autres banques. Elle est aussi bien active dans le secteur de l’épargne que dans ceux du crédit et du placement. Ce qui change, ce sont les critères de sélection qui déterminent son engagement. «Si, par exemple, une construction privée participe au mitage du territoire ou n’accorde pas assez d’importance aux aspects écologiques, nous n’octroyons pas de prêt hypothécaire. A contrario, plus ces paramètres sont pris en compte, plus les conditions du prêt seront favorables au propriétaire», illustre Nicole Bardet.

La dimension sociale et écologique est donc déterminante, comme l’atteste la répartition des 897 millions de crédits octroyés en 2013. Les habitations qui combinaient soit un caractère écologique et/ou social représentent 53% des prêts. Suivent, ensuite, les projets liés aux énergies renouvelables (12%), les organisations sociales ou culturelles (10%) et l’agriculture durable (4%). Dans le secteur immobilier comme dans les autres, la règle est identique: plus le projet répond aux critères sociaux et/ou écologiques, plus la BAS accorde des taux intéressants.

Placements transparents

Dans cette logique, il est évident que l’établissement ne propose pas à ses clients d’investir dans des canaux obscurs. Les seuls fonds de placement disponibles ont tous un caractère éthique. «Notre clientèle veut savoir où va son argent et à quoi il sert», glisse Nicole Bardet. Et elle peut également choisir où le placer avec, notamment, des obligations de caisse dites d’encouragement qui soutiennent huit secteurs différents, comme la formation, la culture, les énergies renouvelables, l’agriculture biologique ou les entreprises sociales et solidaires.

Ce souci de transparence, on le retrouve à tous les niveaux. Parallèlement à son rapport d’activité et à ses comptes annuels, la BAS publie aussi toute la liste des crédits qu’elle accorde et les rémunérations des membres du conseil d’administration et de la direction. A l’interne, tous les collaborateurs ont accès aux salaires de leurs collègues! Inutile de préciser que les bonus et autres parachutes dorés ne font pas partie de la maison. Et l’écart entre les salaires ne peut pas dépasser le rapport de 1 à 5. «Il est actuellement de 1 à 3,5», précise Nicole Bardet.

Rendements modestes

Cette approche douce du monde bancaire a fatalement des contreparties. Les intérêts rémunérateurs ne sont pas particulièrement élevés. Le compte courant 7sur7 rapporte 0,0625%, alors que le compte d’épargne affiche un taux de 0,125%. C’est certes modeste, mais, malgré tout, supérieur à ce qu’offrent actuellement quelques grandes banques comme UBS et Credit Suisse! La BAS propose même à ses clients de renoncer volontairement à percevoir leurs intérêts pour qu’ils profitent à des projets concrets. «Entre 10% et 15% d’entre eux optent pour cette solution», assure la conseillère en financement.

Yves-Noël Grin