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E-boutique, la dure aventure

Les petites boutiques en ligne se multiplient sur internet. Monter sa petite affaire est relativement simple, en tirer des revenus confortables beaucoup moins.

Les Suisses dépensent toujours plus d’argent sur internet: 5 milliards en 2011, soit cinq fois plus qu’en 2004. Phénomène concomitant, de plus en plus d’internautes sont tentées par l’idée d’ouvrir leur propre petite e-boutique, souvent en complément d’une activité salariée. Selon l’agence lausannoise firstpoint.ch, il y aurait même une véritable explosion des demandes de ce genre. Tenté? Réponses à quelques questions.

Doit-on créer une SA ou une Sàrl?

Non. «Le droit suisse permet d’avoir une activité commerciale sous la forme juridique de la raison individuelle», explique Olivier Grometto, de la Fédération des entreprises romandes (FER). Les avantages? Une raison individuelle ne requiert pas de formalités particulières ni de capital minimal. Il y a quelques obligations, notamment avertir l’AVS lorsque le revenu annuel dépasse 2300 fr. et s’inscrire au Registre du commerce si le chiffre d’affaires est supérieur à 100 000 fr. Attention, avec cette norme juridique vous endossez une responsabilité personnelle illimitée sur les dettes.

Dois-je payer des impôts?

«Toute personne qui touche un revenu doit le déclarer», rappelle l'Administration cantonale vaudoise des impôts. Si vous êtes en raison individuelle, il suffit de mentionner les éventuels bénéfices réalisés comme revenu accessoire sur votre déclaration.

Se lancer, Combien ça coûte?

Le montant à investir dépend notamment du site que vous désirez et du stock de marchandises dont vous avez besoin. Si vous confiez la création de votre boutique à une agence, les prix varient notablement, mais il faut compter 4500 fr. environ pour un modèle de base, et de 6000 fr. à 8000 fr. pour une solution plus élaborée. Autre possibilité: créer son site soi-même avec un programme adéquat (CMS), pour autant qu'on soit suffisamment habile. De nombreux sites proposent aussi, désormais, de créer soi–même son e-boutique en ligne à partir de modèles payants. Une alternative souvent peu coûteuse, mais rigide.

En ce qui concerne le stock, tout dépend de votre business. Si vous souhaitez vendre vos propres œuvres d’art concues à partir de boîtes de conserve, votre investissement initial sera quasi nul. Dans d’autres domaines, comme l’habillement, il faudra égratigner votre compte en banque. Anne Freymond, qui a créé la boutique d’habits pour enfants nouschineandsons.com explique avoir investi un total de 27 000 fr. pour se lancer, montant qui inclut notamment le stock, la création du site, l’achat de matériel informatique performant et de quelques étagères.

Faut-il beaucoup de temps?

Tenir une échoppe en ligne, c’est avoir de nombreuses casquettes: comptable, emballeur, photographe, rédacteur, etc. Anne Freymond, qui est aussi prof d’arts visuels à temps partiel, estime que le travail pour sa boutique représente un bon 50%. «En me lançant, je ne réalisais pas du tout le temps que cela allait me prendre», prévient-elle.

Quels sont les gains?

Il y a sans doute autant de réponses qu’il y a de sites… N’imaginez toutefois pas devenir Rockefeller en un claquement de doigts. Anne Freymond a passé les trois premières années à rembourser son crédit et à réinvestir dans son stock. Elle espère désormais que son commerce lui rapportera entre 250 fr. et 500 fr. par mois pour un travail… à 50%! «Mais au-delà du chiffre d’affaires, c’est avant tout une belle aventure qui vaut, à mes yeux, la peine d’être vécue!», précise-t-elle, toujours enthousiaste. Jérôme*, qui vend des «produits senteur» (bougies, encens, etc.) à la fois sur les marchés genevois et internet, explique, de son côté, que ses deux activités se complètent pour lui assurer un revenu suffisant.


Peut-on se planter?

Evidemment, comme pour toute entreprise... En 2010, Gilbert Cujean crée lui-même le site boutiquetouareg.com. Il veut avant tout aider un ami artisan touareg du Burkina Faso en revendant ses bijoux. Trente mois plus tard, Gilbert Cujean cesse la vente en ligne, avec un chiffre d’affaires total de … 1000 fr. «Les gens aiment toucher, peser, essayer les bijoux avant de les acheter», lance le jeune retraité pour expliquer cet échec, tout en avouant que son «côté amateur rendait les moyens logistiques et publicitaires peu performants».

Comment optimiser ses chances?

Créer une e-boutique nécessite une véritable stratégie globale. Parmi les points importants, «il faut être passionné par le produit qu’on vend. Il est important aussi de se positionner sur un marché de niche. Si l’on veut vendre des ordinateurs, on ne pourra pas rivaliser avec les grandes entreprises», note Germain Tenthorey de la société webbax, qui dispense un cours d'e-commerce à l’Ecole Club Migros.

* Prénom d’emprunt

Sébastien Sautebin