
Les mauvais conseils du banquier
L’histoire de Werner Hess le démontre: il faut se méfier des produits «maison» proposés par les conseillers bancaires.
Le nouveau fonds de placement devait «donner le ton», écrivait Credit Suisse (CS) en 2005. Il ne pouvait être comparé à aucun autre produit sur le marché, car il était géré par «les meilleurs spécialistes». Notre lecteur Werner Hess s’en souvient, lui qui, en 2007, à l’heure de la retraite, s’est approché de son conseiller bancaire auprès du CS pour lui demander où placer le capital qu’il venait de retirer de son troisième pilier, soit 78 431 fr. Et, comme on n’est jamais mieux servi que par soi-même, le banquier lui a proposé le Fonds maison Triamant.
Tout semblait au top. Preuve en est l’extrait de la documentation de base: «L’objectif de placement du Credit Suisse Triamant équilibré (CHF) est principalement le maintien de la valeur réelle du capital et son accroissement à long terme par un revenu régulier ainsi que par des gains en capital et des gains de change. Le fonds est géré selon le principe du fonds de fonds et est investi à travers le monde entier parmi les diverses catégories d’investissements dans différents marchés, secteurs d’activités et devises.»
A l’époque, le CS n’a d’ailleurs pas lésiné sur les moyens pour lancer son produit. Les lecteurs du magazine Facts pouvaient, par exemple, gagner une part de 40 000 fr. du fonds en participant à un jeu. Et on sait que ses conseillers ont recommandé avec insistance le Fonds Triamant. Il est vrai que c’est une stratégie usée partout: on pousse les produits maison, quel que soit leur comportement face à la concurrence…
Le boss en personne
De plus, lors de son lancement, le fonds était conduit par un comité de placement qui définissait, une fois par semaine, la stratégie à suivre. Parmi les experts, Oswald Grübel lui-même, alors président-directeur général du CS. Mais le moins que l’on puisse dire, c’est que cet aréopage des «meilleurs spécialistes» n’a pas brillé, comme le démontre le graphique ci-dessous. On y voit, en effet, que le fonds Triamant fait nettement moins bien que les autres produits mixtes similaires. En 2008, il plonge nettement plus que ses concurrents. Et, depuis, il se redresse moins bien, puisqu’il n’a toujours pas retrouvé sa valeur de départ.
L’opération s’est donc révélée être un beau fiasco. Dès lors, Werner Hess, toujours à l’instigation d’un conseiller du CS, vend sa part à la fin de 2012 et ne retire que 63 645 fr. Il perd donc presque 20% de son placement, pour le réinvestir dans un autre produit du CS, un Barrier Reverse Convertible. Autrement dit, un produit structuré où l’investisseur reçoit un intérêt garanti de 2,25% durant trois ans, ce qui semble attrayant. Mais que le cours tombe au-dessous d’une certaine limite déterminée dans le contrat et notre lecteur ne retrouvera pas, une fois encore, sa mise de départ! En revanche, si les cours sont à la hausse, il ne touchera rien de plus, sinon les intérêts…
Foin de conseils
S’il fallait une moralité à cette (triste) histoire, c’est qu’il ne faut pas se laisser influencer par son conseiller bancaire, surtout lorsqu’il s'avise de placer les produits maison. Ils sont, le plus souvent, déconseillés aux personnes qui souhaitent placer leur capital en lieu sûr avec le moins de risques possible.
Si la Bourse les tente tout de même, qu’elles veillent alors à choisir un fonds de placement non seulement bien diversifié, mais qui a aussi fait ses preuves. Il faut donc éviter les produits trop récents, qui n’ont pas encore pu démontrer leur capacité d’adaptation en cas de coups durs, et préférer les fonds plus anciens, qui s’en sont bien sortis lors des précédents soubresauts boursiers.
Silvio Bertolami/Ernst Meierhofer/cc


