
SuisseID fait un bide
Quatre ans après son lancement en grande pompe, les possibilités offertes par la Suisse ID restent encore confidentielles.
«Fini le foisonnement de noms d’utilisateur et de mots de passe difficiles à retenir», annonçait, il y a quatre ans, un communiqué du Secrétariat d’Etat à l’économie (Seco). «C’est un jour à marquer d’une pierre blanche pour le commerce électronique», ajoutait son directeur d’alors d'alors Jean-Daniel Gerber, en présentant la SuisseID.
Lancé par la Confédération, ce système permet, grâce à un identifiant unique, de faire des achats en ligne et d’entreprendre des démarches administratives sans devoir se soucier de retenir d’innombrables mots de passe ni de confirmer une demande par courrier avec un paraphe manuscrit (lire encadré).
Bilan mitigé
A cette époque, la nouveauté n’avait pas convaincu tout le monde. A commencer par la Fondation alémanique pour la protection des consommateurs (SKS). Sa directrice, Sarah Stalder recommandait d’ailleurs de ne pas l’acquérir, car ce système ne fournissait, selon elle, presque aucun avantage pour le consommateur.
Quatre ans plus tard, son constat n’a guère changé. «Des progrès ont certes été réalisés depuis son lancement. La SuisseID reste toutefois chère pour ce qu’on peut en faire, particulièrement pour ce qui est du commerce électronique», explique Sarah Stalder.
Reto Zwyssig, porte-parole de Trägerschaft SuisseID, association chargée de la promotion et du développement de la SuisseID, le reconnaît également: «Si le système a répondu entièrement aux attentes du point de vue de sa fonctionnalité comme standard suisse pour une signature numérique sécurisée, il n’en va pas de même pour sa diffusion.» Mais impossible de connaître le nombre de particuliers ayant fait l’acquisition du système depuis 2010! «Les chiffres exacts ne sont pas publiés», déclare-t-il.
Peu d’utilisations possibles
Faute d’usagers, le système peine donc à s’imposer. Pour les consommateurs, les applications pratiques se limitent, pour l’instant, à des démarches administratives, comme la demande d’un extrait du casier judiciaire ou l’envoi de la déclaration d’impôt par voie électronique dans les cantons de Genève et du Jura, notamment.
Pour les opérations d’e-banking, en revanche, la SuisseID n’est d’aucune utilité. Toutes les banques que nous avons interrogées n’y ont, en effet, pas recours. Motif le plus souvent invoqué: le faible taux de pénétration auprès des particuliers et des entreprises. Seule, la banque en ligne Swissquote l’accepte pour le login sécurisé de ses clients et la validation des transactions.
Les caisses maladie ne semblent guère plus enthousiastes, à l’exception de la CPT, qui l’autorise pour la signature d’un contrat d’assurance. Et, du côté des commerces en ligne, ce n’est pas folichon non plus: pour l’instant, seuls Ticketcorner, Brack Electronics et buch.ch l’utilisent.
La révolution technologique n’aura donc, finalement, pas eu lieu…
Chantal Guyon


