
L'hypothèque de Monsieur Seguin
Je lisais récemment l'histoire de la chèvre de Monsieur Seguin à ma petite fille de 4 ans. Comme tous les enfants de cet âge, elle connaît la trame par cœur et reprend sans gêne son grand-père quand il s'égare. Mais, parfois aussi, elle refuse les desseins de l'auteur et corrige le texte selon son envie. Ainsi, pas question que, en guise de conclusion, le loup dévore la chèvre qui n'a pas voulu répondre à l'appel de son maître pour revenir à la ferme!
J'ai repensé à cela la semaine dernière, en lisant, d'une part, les études du CIFI et de Wüest & Partner, confirmant toutes deux que les prix de l'immobilier sont à la baisse et, d'autre part, le projet de la Finma, qui souhaite durcir encore les conditions des emprunts hypothécaires.
Le danger, ici, ce n'est pas le loup, mais bien la bulle immobilière que craint tant la Banque nationale suisse. A force de souffler dans sa trompe pour rappeler – sans succès – les banques et leurs clients à la raison, elle a donné les premiers coups pour arriver tout de même à ses fins: relèvement du volant anticyclique de fonds propres pour les prêteurs et obligation d'amener 10% de fonds propres en plus du 2e pilier pour les emprunteurs. Et, visiblement, ça marche!
Aujourd'hui, elle veut aller plus loin encore, en exigeant un amortissement accéléré qui va considérablement augmenter le budget du propriétaire. La chèvre (trop) téméraire risque donc bien d'être mangée toute crue. Mais, à l'instar de ma petite-fille, je me demande si les auteurs n'en font pas un peu trop et s'il n'y a pas d'autres moyens autorisant une fin moins cruelle...
Christian Chevrolet

