
12 vins Iberiques: des blancs venus du nord du Sud
Les vins blancs importés de la péninsule ibérique pèsent plus lourd que les crus français en Suisse. Et la sélection offerte par les grands magasins s’avère intéressante.
Il est rare que les vins les plus chers se classent en tête de nos dégustations. Pour ces blancs du nord de l’Espagne et du Portugal, ce sont deux bouteilles à cheval sur la médiane qui tirent leur épingle du jeu (soit 14 fr. pour les 12 flacons payés entre 8.95 fr. et 24.90 fr.).
Les champions sont deux vins espagnols, issus des deux cépages phares de cette dégustation transfrontalière:
- le verdejo, propre à la Rueda, région du centre-nord en Castille-et-León;
- l’albarino, qui fait la réputation de la Rías Baixas, en Galice.
Les deux régions, même si elles sont au sud de l’Europe, bénéficient d’un climat atlantique, et non méditerranéen, avec des influences continentales pour la Rueda.
Depuis une quarantaine d’années, ces vins blancs doivent tout à la l’œnologie moderne. Ainsi, le coup de cœur de cette dégustation est un Rueda, vendu par Globus, signé Telmo Rodríguez, une vedette hispanique du bio et de la biodynamie, et de la mise en évidence des terroirs en adéquation avec les cépages locaux. Il s’impose devant une étiquette déjà connue du verdejo de la Rías Baixas, le Burgans, acheté chez Aligro (sous le millésime 2011, il est aussi proposé par Manor à 14.95 fr.), un agréable exemple du «nouveau style» des vins blancs secs espagnols, frais, tendus entre un certain volume et une acidité tranchante, avec des arômes d’agrumes très frais. Des vins construits un peu dans le style du grüner veltliner autrichien, voire de certains rieslings allemands… et donc à l’opposé du chasselas.
La tentation diabolique de la barrique
Certains producteurs n’hésitent pas à «barriquer» leurs vins, pour des cuvées «luxueusement» élevées – et aussi les plus chères de la dégustation. Ainsi chez Sitios, avec son V3 (pour «vieilles vignes de verdejo», classé… 3e), et pour le duo de choc Michel Rolland, l’œnologue volant bordelais, et Javier Galaretta (6e). Pas sûr que le bois ajoute grand-chose de positif aux arômes primaires du cépage utilisé, mais le débat a lieu sur toute la planète vitivinicole, y compris en Valais pour la petite arvine, un autre cépage proche du verdejo. On a, du reste, trouvé des arômes proches, comme la rhubarbe, et une finale saline, sur plusieurs des vins dégustés.
Le haut de gamme du Vinho Verde
Les vins du nord du Portugal étaient moins nombreux. Ce sont les versions haut de gamme du très commun vinho verde, produit dans la région atlantique de Guimarães et de Braga. Celui d’un œnologue vedette lusitanien, Anselmo Mendes, qui a de la parenté dans le canton de Vaud, s’impose. Sous le nom de Muros Antigos, il signe ici un vinho verde «classique», sans désignation de cépage, et distinct d’une sélection, tirée, elle, du seul alvarinho. Celui-ci est la même variété de raisin que l’albariño galicien cultivé au nord du fleuve Miño, qui marque la frontière entre les deux pays.
Ces dernières années, de vin courant, aux arômes discrets, marqué par un perlant persistant, peu alcoolisé (autour de 10%), le vinho verde a évolué vers le monocépage d’alvarinho (généralement assemblé avec du loureiro et du trajadura), dans la sous-région de Monção et Melgação. C’est le cas des deux autres vins portugais du tableau (classés 5e et 10e). Des vinho verde d’entrée de gamme subsistent, mais il nous a semblé que ces vins ont cédé du terrain à des cuvées mieux valorisées.
Globalement, les vins blancs ibériques dégustés nous ont paru d’un bon niveau. Le choix dans le haut du panier explique sans doute cette qualité (lire encadré). Ces blancs secs et vifs accompagnent les fruits de mer, le poisson et, aussi, la cuisine asiatique (notamment thaïe). Et, comme la plupart des vins blancs, ils sont à apprécier sur leur fraîcheur de fruit.
Pierre Thomas


