
Bosser un jour de plus…
Entre le fisc, la crèche, le repas et le transport, cela vaut-il tout de même le coup d’augmenter son temps de travail?
C’est une remarque que vous avez certainement entendu une fois, notamment d’une maman avec des enfants en bas âge: «Je travaillerais bien un jour de plus, mais, avec ce que les impôts vont me prendre, autant rester chez moi!» Vraiment?
Non, mais il est vrai qu’il n’y a pas de fumée sans feu… Faisons le calcul avec une famille habitant le chef-lieu de chaque canton romand (à Moutier dans celui de Berne). Monsieur travaille à 100% pour un salaire de 6000 fr., payé treize fois par an. Madame n’a jamais cessé son activité professionnelle, mais l’a réduite à 40% et gagne 2200 fr. par mois (x 13 aussi). A cela s’ajoutent les allocations familiales pour les deux enfants, variant entre 200 fr. et 300 fr. par mois et par tête selon le canton.
Dans cette situation, le couple dispose d’un revenu net (après déduction des charges sociales obligatoires, comme l’AVS et le 2e pilier) de 106 000 fr. environ (les différences sont dues aux allocations: voir colonne 1 du tableau ci-dessous).
Madame souhaite donc travailler un jour de plus, mais se demande si, sur le plan financier, le jeu en vaut la chandelle. Si elle se décide, son revenu brut va augmenter proportionnellement de 1100 fr. par mois (x 13), ce qui correspond à un supplément net de 13 407 fr. par an 2.
Mais, comme les impôts sont progressifs, ils vont entamer une bonne part du gâteau. Dans le canton de Neuchâtel, par exemple, où notre famille paie déjà 2,6 fois plus que celle habitant à Sion, elle va devoir laisser près de 30% du gain (soit l’équivalent de 3993 fr. 3) au fisc. Il ne lui restera donc que 9414 fr. par an 4 pour son jour de travail supplémentaire.
Ce n’est, certes, pas négligeable, mais seulement si d’autres frais directement dus à cette nouvelle situation ne viennent pas s’ajouter.
un solde de 94 fr. par jour
Prenons l’exemple de la famille lausannoise, qui dispose, après impôts, d’un revenu supplémentaire de 10 382 fr.
Les grands-parents jouent le jeu et gardent les deux enfants le lundi du côté de Monsieur, le mardi du côté de Madame. Mais aucun n’a le courage d’assumer le mercredi encore. Il va donc falloir débourser 411 fr. par mois pour placer la progéniture dans une crèche municipale (estimation faite avec le calculateur en ligne de la ville de Lausanne). Ajoutez à cela le transport aller et retour avec le bus (7 fr.) et le repas de midi (disons 15 fr.), soit 22 fr. par jour x 47 semaines de travail. Total des frais supplémentaires: 5966 fr.! Il ne reste donc plus qu’un gain de 4416 fr., ce qui correspond à un peu moins de 94 fr. par journée de travail.
Il est vrai, toutefois, que la famille paierait alors un peu moins d’impôts, car elle aurait le droit de déduire une partie de ses frais supplémentaires (lire «A déduire de mes impôts» TCF 2/2014).
Christian Chevrolet


