
Des panneaux solaires tendance arc-en-ciel
L’esthétique discutable des installations photovoltaïques rebute encore certains propriétaires. De nouvelles technologies les déclinent désormais en couleurs.
Recouvrir son toit de panneaux solaires? Au-delà du geste écologique, c’est une opération financièrement rentable, grâce aux subventions et aux déductions fiscales accordées aux propriétaires qui se lancent. Sur le plan législatif, c’est facile: depuis le 1er janvier 2014, en dehors des zones protégées et des bâtiments classés, il n’est plus nécessaire d’obtenir un permis de construire. En revanche, les intégrer harmonieusement à une maison ancienne ou de cachet est plus délicat. Pour rendre la greffe plus esthétique, de nouveaux panneaux solaires sont en train d’apparaître sur le marché. Deux d’entre eux ont été mis au point à l’Ecole polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL).
Des tuiles solaires couleur terre
Première innovation: parvenir à teinter le verre qui recouvre les panneaux solaires sans que l’opacité de la couche colorée n'amoindrisse leur rendement. La technique adoptée par le verre Kromatix, commercialisé par la société SwissINSO, consiste à superposer plusieurs couches de nanomatériaux, individuellement transparentes, mais dont la juxtaposition crée la couleur. «Elle n’occasionne qu’une perte de rendement total de l’ordre de 0,5 à 1,5%, en fonction du coloris», précise Jean-Louis Scartezzini, directeur du laboratoire qui a mis au point le procédé.
Ce verre peut être monté sur n’importe quel genre de panneau, qu’il soit thermique ou photovoltaïque. On obtient ainsi des plaques colorées qui peuvent, par exemple, être posées comme revêtement de façade. Ou, mieux encore, la technologie permet même de fabriquer des «tuiles solaires» couleur terre cuite qui, comme les traditionnelles, assurent l’étanchéité du toit, tout en produisant de l’électricité!
Evidemment, le traitement coloré fait grimper le prix des panneaux. Nicolas Jolissaint, patron de SwissINSO, estime que l’opération majore le prix d’une installation d’environ 15% à 20%. Ainsi, pour couvrir une surface de 25 m2, qui produit environ 3500 kWh/an, soit les besoins d’un ménage de quatre personnes, il faut compter 17 000 à 18 000 fr. Le prix varie cependant en fonction du genre de panneau photovoltaïque choisi. Pour les tuiles solaires, dont la pose est plus complexe, il faut compter de 20 000 fr. à 22 000 fr.
La photosynthèse à travers la fenêtre
Les cellules photovoltaïques Grätzel sont une autre option, dont la technologie est radicalement différente. Elle utilise la couleur non pas comme artifice pour camoufler le panneau, mais directement pour produire de l’électricité. Tout comme la chlorophylle pour les plantes, les pigments colorés de la cellule solaire captent les rayons et les transforment en énergie, dans un processus proche de la photosynthèse. Plus impressionnant: ces panneaux laissent passer la lumière, à tel point qu’ils peuvent remplacer les vitres des bâtiments. Avantage supplémentaire: le rendement ne diminue pas lorsque l’ensoleillement est indirect ou diffus, à la différence de la plupart des panneaux actuellement sur le marché. Ce qui rend ces cellules particulièrement bien adaptées à une installation en façade, voire même à l’intérieur.
L’application industrielle de cette technologie vient tout juste de commencer. Les panneaux expérimentaux montés sur la façade du nouveau Centre de congrès de l’EPFL coûtent, par exemple, quelque 3000 fr. le m2, pour un rendement assez médiocre de l’ordre de 3% à 4% – donc très loin des 13% obtenus en laboratoire. Toby Meyer, patron de Solaronix, l’une des sociétés qui commercialiste déjà les cellules Grätzel, espère faire rapidement baisser le coût de production d’un facteur cinq en automatisant la fabrication, tout en améliorant le rendement.
Vincent Cherpillod


