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12 pinots noirs suisses: Pinot noir au pilori

Le pinot noir est le principal cépage de Suisse, occupant près de 30% du vignoble. Dans les supermarchés, il faut se contenter de l’entrée de gamme.

Dégustation décevante que celle-ci. Tout paraissait pourtant inscrit sous les meilleurs auspices: la variété des provenances, la présence de plusieurs vins de la plus prestigieuse commune valaisanne pour le pinot (Salgesch/Salquenen), un seul millésime, 2012…

Notre jury a rapidement dû déchanter. Le pinot noir valaisan, l’an passé, a repris des parts de marché à la dôle dans les supermarchés, Pourtant, ces vins, souvent déjà entachés soit par une certaine surmaturité, soit par l’évolution, sont aussi les plus alcoolisés (plusieurs à 13,5%) et les moins «frais» et élégants, deux caractéristiques recherchées sur le cépage d’origine bourguignonne.

Un champion venu du nord

Le réchauffement climatique y est aussi sans doute pour quelque chose, puisque le pinot noir s’est le mieux exprimé, historiquement, à ses limites nordiques, en Bourgogne, en Champagne et en Allemagne. Le mieux classé vient du reste du Nord… vaudois, largement devant un schaffhousois.

Le Domaine du Terraillex, vinifié par la Cave des viticulteurs de Bonvillars, vendu par Manor (au prix exactement médian des vins du tableau, soit un peu moins de 11 fr.) n’est pas le plus répandu des pinots noirs de cette coopérative vaudoise. Son Vin des Croisés est tiré, lui, à 70 000 exemplaires. Quoique muni du label Terravin, il est paru bien faible et s’est classé en tête du peloton des sept vins sur douze jugés à peine «satisfaisant» (note inférieure à 13) par notre jury.
On rappellera d’ailleurs qu’il est possible d’ajouter 15% d’un autre cépage, comme le gamaret ou le garanoir, à du pinot noir sans le mentionner sur l’étiquette, et au risque de le dénaturer.

Salquenen/Salgesch, pas une garantie

Derrière les deux premiers vins, dont un suisse alémanique (lire ci-contre), on trouve un trio valaisan, en ordre de prix crescendo. Y figurent deux vins de Salquenen. Pour porter le nom d’une commune, selon la législation valaisanne, un vin doit provenir au moins de 85% de ce lieu et à 15% d’une commune limitrophe. A Salgesch/Salquenen, le pinot noir représente 60% de la vendange, un peu plus d’un million de litres de pinot noir en 2012, soit un peu moins de la moitié de tout le pinot noir récolté dans l’ensemble du vignoble vaudois.

Revêtu de cette indication d’origine communale, deux vins se classent relativement bien, tandis que deux autres sont à la fin du tableau.La seule origine Salgesch/Salquenen est donc loin d’être une garantie de qualité. On notera aussi que la Dôle de Salquenen, sélectionnée et vendue par Coop, joue sur les mots: sur son étiquette, il est écrit en gros «pinot noir», alors que, de facto, une dôle est un vin AOC du Valais issu de pinot noir pur ou comprenant au moins 85% de pinot noir et de gamay, part dans laquelle le pinot noir domine. Légalement, une dôle ne devrait donc pas afficher pinot noir sur son étiquette, même si elle en contient à 100%!

Plus loin, dans le classement, la plupart des vins sont entachés par des tanins amers, plus ou moins masqués par de la sucrosité et de l’acidité, qui, combinés, donnent de l’astringence. Bien loin de l’élégance et du fruité qu’on pourrait attendre d’un vin rouge, fût-il issu du cépage le plus planté en Suisse.

Pierre Thomas