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Don d’un rein, confort en moins

Celui qui offre un organe de son vivant n’a pas forcément droit à une chambre individuelle, même s’il est assuré en division privée.

Faire don d’un rein à un proche représente un immense investissement personnel. Pour le receveur, ce cadeau n’a pas de prix, puisqu’il lui permet de vivre sans dialyse. Pour le donneur, l’opération n’est pas anodine. Elle nécessite une hospitalisation de plusieurs jours et un arrêt de travail de six semaines au moins.

Agée de 67 ans, Christiane* a décidé de donner l’un de ses reins à son frère aîné, Jean*, gravement malade. L’opération a été planifiée pour le 28 janvier 2014 aux Hô­pitaux universitaires de Genève (HUG), puis repoussée au 25 février pour raison médicale. Notre lectrice, au bénéfice d’une assurance complémentaire depuis une trentaine d’années auprès de CSS Intras, comptait bien être hospitalisée dans une chambre privée pour se rétablir dans les meilleures conditions.

Or, à sa grande surprise, la CSS a d’abord refusé d’entrer en matière. Lors d’une transplantation, c’est en effet l’assurance du receveur qui rembourse les coûts d’hospitalisation du donneur. Jean étant seulement au bénéfice d’une couverture de base, la prise en charge d’un séjour en chambre privée était donc hors de question.

Dans un courrier, CSS Intras explique que «l’assurance com­plémentaire couvre les conséquences économiques de la maladie. (…) Or, une personne faisant don d’un organe n’est pas considérée comme une personne malade.»

Scandalisé, l’époux de Christia­ne a immédiatement réagi. «Com­ment prétendre qu’une telle opération ne présente aucune atteinte à la santé physique de mon épouse?»

Pas de chambre privée pour une greffe

Si la réaction de nos lecteurs est compréhensible, la position de la CSS s’explique par la pratique helvétique dans ce domaine. «Il faut remettre ce cas dans le contexte, précise Franz Immer, directeur de la fondation Swisstransplant. Un don d’organe doit être considéré comme un cadeau sans contrepartie.» Or, comme donneur et receveur bénéficient déjà d’un traitement médical de pointe, un séjour en chambre privée relève du simple confort. Pour garantir l’égalité de traitement, on a voulu limiter les frais de séjour au minimum. L’hôpital ne peut donc facturer qu’un forfait négocié sur le plan helvétique, en division commune!

A Genève, une fois sorti des soins continus, le receveur est toujours hospitalisé en cham­bre commune. Quant au donneur, il rejoint une chambre individuelle quelle que soit sa couverture d’assurance, mais au standing d’une division commune. Les HUG sui­vent à cet égard les directives de l’Académie suisse des sciences médicales.

Geste de la CSS

Les HUG ont accepté de déroger à la règle et de proposer à Christiane une chambre avec les services hôteliers de la division privée. Quant à la CSS, elle est revenue sur ses positions, le 28 janvier dernier, et prendra en charge le supplément facturé, soit 320 fr. par jour. «Ce geste est à bien plaire, mais ne saurait être renouvelé dans le futur», précise l’assurance dans son courrier.

Aux HUG, une greffe de rein sur deux provient d’un donneur vivant. Or, dans le contexte des campagnes menées pour encourager les dons d’organes, on s’attend à ce que celui qui offre son rein soit traité comme un prince. Sur le plan économique, l’opération – qui coûte grosso modo 60 000 fr. – est en outre rapidement amortie, puisqu’elle évite ensuite les frais de traitement par dialyse qui sont compris entre 45 000 fr. et 80 000 fr. par an. En comparaison, le supplément d’un séjour en chambre privée pour quelques jours paraît bien modeste.

Claire Houriet Rime

* Prénoms fictifs.