
12 vins blancs d'entrée de gamme: le chasselas fait de la résistance
On prétend souvent que les vins blancs suisses ne peuvent pas occuper le bas de gamme. En réalité, ils s'y défendent plutôt bien, du moins jusqu’ici.
Le 21 janvier dernier, l'émission de la RTS A bon entendeur analysait, dégustation à l'appui, l'entrée de gamme des vins rouges à moins de 6 fr. Hasard du calendrier, nous avions programmé le même exercice, mais pour les blancs, en élevant un tantinet la limite de prix jusqu'à 7 fr., pour permettre à quelques chasselas (suisses) de figurer dans la dégustation.
Nous avons aussi dérogé à la règle qui veut que Tout Compte Fait publie l'intégralité du palmarès, en limitant ses dégustations à thème à 12 échantillons, choisis dans les supermarchés. L'éventail a été ouvert à 21 vins, pour donner des chances autant aux vins étrangers qu'aux suisses, à prix comparables. Nous avons aussi fait abstraction du chardonnay, que nous avions déjà jugé par le passé, et mis l'accent sur des vins de l'Union européenne plutôt que du Nouveau-Monde.
Résultat: sous la barre des 7 fr., on ne trouve guère que des vins italiens, soit dix, opposés à sept suisses et quatre «divers». De ces quatre «divers», seul le «pinot grigio» hongrois, vendu par Denner sous une étiquette «folklorique» en italien, a été jugé médiocre. Parmi les vins suisses, cinq figurent au palmarès final. Seuls deux fendants, souffrant d'un goût de réduction et d'évolution n'ont pas passé la rampe. Et seuls trois vins italiens (sur dix!) figurent dans le tableau final.
L’Italie: le meilleur et le pire
C'est parmi les vins transalpins qu'on trouve le plus de bouchons, en liège et en plastique, tandis que les vins d'autres provenances sont obturés par une capsule métallique. De fait, parmi les sept vins italiens éliminés, tous de 2012, les faux goûts pouvaient être attribués à un problème de bouchage. Se méfier donc de ces vins d'entrée de gamme!
Et pourtant, c'est bien un vin du centre de l'Italie, embouteillé au Piémont, qui s'impose, à égalité avec un bordeaux. Les deux sont de bonne qualité, bien typés, l'un de son appellation, la dénomination d'origine contrôlée Orvieto Classico (à base de grechetto, de trebbiano, variété d'ugni local, et de divers autres), le second de son cépage, le sauvignon.
Au troisième rang figure le premier chasselas, un Morges, AOC La Côte, produit par Uvavins, devant un «chasselas romand», de Hammel, puis le seul «pinot grigio» rescapé (sur trois), et un «assemblage de cépages nobles» de Suisse, sous un nom de fantaisie, L'Ecailleux, élaboré par une société anonyme dans les mains du groupe Fenaco. Cette holding regroupant les intérêts des agriculteurs helvétiques possède notamment les magasins Landi, mais aussi les Caves Garnier et pèse d'un poids certain dans le secteur d'entrée de gamme, notamment des vins blancs étrangers (lire encadré).
Perte de marché en entrée de gamme
C’est d’ailleurs Landi qui distribue le chasselas Lemanic, une étiquette créée par Uvavins, pour le vin le meilleur marché de notre dégustation. Cette «sélection romande» d'Uvavins, à base de chasselas AOC déclassé, figure à moins de 3 fr. les 75 cl! C'est un peu la réponse conjoncturelle au dernier de notre test, un chasselas du Pays de Bade (voisin de Bâle), un vin allemand importé par Coop et qui a déclenché l'ire des vignerons suisses depuis trois ans.
Mais, sur le millésime 2013, avec une vendange en retrait de 30%, il n'y aura pas de Lémanic. Cette année, pour compenser le manque de blanc indigène en entrée de gamme, les supermarchés risquent de proposer davantage de blancs étrangers, alors que les importations ont baissé de 6% en 2013. Avec, à la clé, des pertes de marché pour les vins suisses.
Pierre Thomas


