
12 vins rouges du Sud de l'Italie
Gorgés de soleil, les vins rouges des Pouilles s’accordent avec les mets solides de l’hiver. Sous ce climat extrême, la vigne se plaît. Et même sans traitement: deux vins certifiés bio s’imposent!
C’est une première: deux vins bio en tête d’une de nos dégustations à thème! Et les quatre premières places pour Coop qui est aussi, pour les deux premiers vins, le preneur de licence «Bio Bourgeon».
Bien sûr, on peut chipoter… Car, délibérément, notre dégustation mettait de côté le principal cépage des Pouilles, le primitivo, jumeau du zinfandel californien, et qui, pur, en appellation Primitivo di Manduria, a été reconnu au plus haut niveau de la hiérarchie des vins italiens, la DOCG (dénomination contrôlée et garantie – lire encadré). Or, notre premier classé contient du primitivo en complément de l’aglianico, réputé élégant et subtil.
Mis en bouteilles au Nord
Pour les vins des Pouilles, mettre le cap sur le nord en wagons-citernes est une vieille tradition, dont la production veut se défaire. Longtemps, ces rouges ont joué le rôle de vins «médecins», comme alors l’hermitage ou le vin d’Algérie en France. Notre membre du jury, Claudio De Giorgi, enfant de Squinzano, s’en souvient fort bien… La mise en place des appellations d’origine contrôlée a mis fin à ces mélanges laissés à la discrétion des embouteilleurs. Pourtant, cinq des 12 vins dégustés ont été embouteillés loin de leur lieu de naissance, deux en Suisse (le 2e du tableau et le dernier, dans les Grisons) et trois au nord de l’Italie.
Parmi eux, classé avant-dernier, un OVNI (pour «objet vineux non identifié»): le Ronco di Sassi. Il faudra s’y faire: les anciens «vins de table» ont laissé place, en Europe, à des appellations génériques d’un pays, assemblage, dans ce cas, de montepulciano, lui aussi de primitivo, auquel s’ajoute de l’aglianico. A 15,5 degrés d’alcool, et beaucoup de sucre résiduel, ce vin, vendu en bouteille lourde par Aldi à un prix élevé (15 fr.!), ne fait pas dans la dentelle.
Revenons à la tête du classement. Le dauphin, originaire de la plus prestigieuse des appellations des Pouilles – Castel del Monte – est un cru à 5.95 fr., sans doute mis en bouteilles par Coop, même si l’étiquette ne le mentionne pas explicitement.
D’honorables viennent-ensuite
Puis, on trouve, de la Cantina Vecchia Torre, le premier des vins du Salento. Le primitivo, vinifié «en pureté», mieux valorisé en vin de cépage, est absent de ces assemblages basés sur le negroamaro et la malvasia nera. Et, 4e classé, le premier des aglianico «en pureté», grand cépage de la Campanie (dans l’appellation Taurasi, appelée le «Barolo du Sud»).
Au 5e rang, de nouveau un vin du Salento, entrée de gamme d’une grande coopérative réputée, Due Palme. Elle gère 2200 hectares, soit l’équivalent des deux tiers du vignoble vaudois, et produit 7 millions de bouteilles. Depuis 2005, son haut de gamme Selvarossa, assemblage de negroamaro et de malvasia nera élevé neuf mois en barrique de chêne français, décroche les «trois verres» du guide Gambero Rosso.
Déceptions
Ce vin, millésime 2009, est présent, depuis peu, dans certains supermarchés Denner et Aligro. Hélas, les deux bouteilles du lot L130176, achetées 19.40 fr. à Aligro, étaient entachées d’un persistant faux goût, un léger moisi, et a été écarté de la dégustation… Dommage!
Déçu aussi par le Liante (9e place), certes d’entrée de gamme, d’une cave moderne, Castello Monaci, et de la cuvée de Liveli (10e), un domaine familial, deux enseignes pourtant bien cotées par les critiques transalpins. Car, comme l’écrit le «Guide de l’Espresso des vins d’Italie 2014», «la croissance qualitative des meilleurs domaines des Pouilles représente un des plus grands succès obtenus par le vin italien durant la dernière décennie».
Pierre Thomas


