
12 champagnes bruts: des bulles pas (trop) chères
Que valent gustativement les champagnes de moins de 30 fr., dans les supermarchés? Le verdict de notre jury, avec deux bouteilles à moins de 20 fr. en tête.
Pas de Moët & Chandon, Lanson, Pommery, Laurent-Perrier ou autre Mumm dans notre dégustation. Toutes ces marques, rangées par ordre décroissant de leur poids économique, sont vendues plus de 30 fr. dans les supermarchés. Même en action! En revanche, chaque grande surface a son produit d’appel d’entrée de gamme, d’un peu moins de 15 fr. (en action ou pas!) à 30 fr. Deux exceptions: chez Globus, l’entrée de gamme démarre à 39.90 fr. Et le seul champagne «bio» (mais en reconversion encore…), mis sur le marché par Coop cet hiver, à 31.45 fr. (promotion), classé douzième de notre dégustation
Une région de «grandes maisons»
Rappel utile: le mot Champagne ne désigne pas un vin générique qui fait des bulles. Encore moins une marque ou un style de vin. Mais bel et bien une région géographique déterminée du nord de la France, de 35 000 hectares répartis sur 319 communes, soit plus de deux fois la totalité du vignoble suisse. Les vignerons y possèdent 90% des surfaces et les maisons de champagne commercialisent 67% des vins mis sur le marché.
Chaque origine est authentifiée sur l’étiquette, en minuscules caractères, par deux lettres suivies d’un chiffre. Qui sont reproduits à la deuxième ligne du tableau.
CM, pour coopérative de manipulation, qui commercialise les champagnes qu’elle élabore avec les raisins de ses coopérateurs.
NM, pour négociant-manipulant, qui achète le plus souvent du raisin et élabore le champagne qu’il met sur le marché.
MA, pour marque auxiliaire, ou marque d’acheteur, correspondant à une étiquette propre à un distributeur.
Aucun des 2000 petits vignerons (RM, récoltant-manipulant) champenois n’est présent en entrée de gamme dans les supermarchés… Pas d’étiquettes connues non plus, comme déjà dit, mais les deux plus grands groupes de production sont inclus, avec LVMH (Mercier) et Lanson-BCC (Veuve Alice Margot, Ch. Bertin, A. Rothschild, Le Reflet). Le fait est que leurs vins sont battus par des étiquettes de coopérative (d’Armanville et Offenbach).
Trop sucrés et trop évolués
Ces champagnes bruts n’ont pas été dégustés sous un autre angle que le plaisir immédiat que doivent procurer des bulles, à l’apéritif ou en fin de repas, durant les Fêtes. Les deux vins jugés «bon» – les notes ne volent pas très haut, il faut l’admettre… – ont été pénalisés par leur «dosage», soit l’ajout de sucre pour corriger l’acidité, après la double fermentation, d’une part alcoolique, puis à la prise de mousse, individuelle, bouteille par bouteille. Pour un champagne brut – et ils le sont tous! – la tolérance est de 15 grammes de «sucre résiduel», soit le triple d’un vin tranquille dit sec. C’est considérable…
Par ailleurs, une impression d’évolution peut trahir le «goût de lumière» qui frappe les bouteilles stockées debout sous les néons des points de vente. Voilà pourquoi nous avons attendu le plus tard possible pour acheter les bouteilles, à l’arrivage des pyramides de cartons qui s’empilent dans les supermarchés aux approches des Fêtes… Un seul vin nous a semblé prématurément fatigué, le Nicolas Feuillatte, acheté à Coop, et classé huitième. Chez Lidl, Bissinger fournit trois cuvées, une Premium (29.99 fr.) et une Comte de Brismand (17.95 fr.), moins bien classées que le dernier du tableau, tout comme le Colligny Père et Fils (Burtin-Lanson-BCC) de Denner (21.45 fr., en action 14.95 fr.) et le Faubert Brut de Landi (16.90 fr.), entaché d’un goût de bouchon rédhibitoire.
Pierre Thomas


