
Twitter s'entoure d'une bulle
Alors que le réseau social perd de l'argent, sa valeur est estimée, après son entrée en Bourse, à quelque 25 milliards de dollars. Un parfum de bulle plane sur l'avenir.
En poker, on dit que le bluff a payé. A la Bourse, on parle d'une IPO réussie… L'action de Twitter, le no 2 mondial des réseaux sociaux (230 millions d'utilisateurs), dont le prix était estimé, dans une premier temps, entre 17 et 20 dollars, a passé ensuite entre 23 et 25 dollars pour finalement aboutir à 26 dollars, hier, lors de son entrée à la Bourse de New-York. Cela représente une valorisation de 14 milliards, alors que la firme affiche une perte de 143 millions dans l'année écoulée! Et comme, dans la première journée de cotation, le prix de l'action est monté à 44.9 dollars (+73%), la valorisation était, ce matin, de presque 25 milliards!
Brièvement résumé, cette valorisation est presque 14 fois supérieure au chiffre d'affaires attendu, soit 1,8 milliard. Mais cela sera le cas au mieux, selon les déclarations des fondateurs de Twitter eux-mêmes, en 2015 seulement, grâce à la hausse des entrées publicitaires. Autant dire qu'à côté des 140 signes de rigueur, il va falloir s'habituer à partager son écran avec des annonces commerciales tout azimut!
De là à parler de «bulle financière», il y a un pas facile à franchir. Pour rappel et pour rester dans le monde de l'informatique, Apple, un des groupes les plus rentables du monde, a une valorisation trois fois supérieure à son chiffre d'affaires, ce que d'aucuns estiment déjà trop par rapport à ses perspectives de croissance! Cela rappelle donc furieusement ce qui s'est passé juste avant le passage dans l'an 2000: des sociétés qui ne gagnaient pas un sou faisaient leur entrée trompette sonnante sur les marchés et implosaient quelques mois plus tard. Or, l'introduction en Bourse catastrophique de Facebook (qui, lui gagnait pourtant de l'argent) l'an dernier, n'a même pas refroidi les Net-Boys de la finance, puisque, in fine, l'action côte aujourd'hui à 50 dollars (contre 38 à ses débuts, mais après avoir plongé au-dessous de 19).
D'autres exemples vont dans ce sens, rappelle le quotidien économique belge L'Echo: Pinterest, un site mélangeant réseau social et partage de photos, vient de faire un nouvelle levée de fonds et pèse, désormais, 3,8 milliards de dollars, alors que ses revenus ne dépassent pas 50 millions. Et, pire encore, Snapchat, cette société permettant d’envoyer des photos qui s’effacent au bout de quelques secondes et qui ne gagne, pour l'instant, pas un centime est actuellement valorisé à hauteur de 800 millions de dollars, mais va, selon le Wall Street Journal, lancer une nouvelle levée de fonds pour grimper à 3,6 milliards!
Il est donc vraisemblable que des plumes vont voler dans tous les sens. Mais «le problème avec une bulle, conclut dans Le Monde Gregori Volokhine, président de Meeschaert Financial Services, c’est que tant qu’elle n’a pas explosé, on ne sait pas vraiment si c’en est une»…
Christian Chevrolet


