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6 vins blancs et 6 vins rouges Suisses: le choix de notre jury

Les membres du jury de «Tout Compte Fait» proposent, chacun, un vin blanc et un vin rouge suisses, soumis à l’appréciation de leurs pairs. Verdict: chez eux, il n’y a rien à jeter !

Cela fait dix ans qu’on y songeait sans jamais oser le réaliser: laisser tomber, exceptionnellement, les rayons des supermarchés et demander à chaque dégustateur de présenter un vin blanc et un vin rouge dont il apprécie les caractéristiques. On a corsé la difficulté en limitant l’accès à des vins uniquement suisses, disponibles par internet et vendus entre 10 fr. et 25 fr. la bouteille (à la cave). Pour l’occasion, le susmentionné s’est contenté du procès-verbal. Ni ses notes ni celles du juré ayant apporté le vin n’ont été prises en compte pour établir la moyenne de chaque bouteille dans le tableau ci-contre.

Des flacons de l’élite suisse

Les notes sont globalement élevées? Seule la «crème de la crème» constitue cette sélection qui exprime chaque sensibilité de notre collège de dégustation.

Très peu d’écarts entre les notes: seuls trois vins (sur les douze) ont divisé les dégustateurs. En blanc, le chasselas d’Yvorne, pénalisé à cause de son CO2 (gaz carbonique), décidément trop important, et le Savagnin Rose (gewurztraminer), curieusement déséquilibré entre le nez et la bouche et, au palais, entre l’acidité et l’onctuosité. En rouge, le pinot noir «Auslese», sélection des meilleures baies en vendange tardive, est un style plus difficile à comprendre hors de sa région de production, Schaffhouse. Ce pinot noir a été apporté par Eva Zwahlen, tout comme le meilleur pointage, le surprenant Räuschling, d'un cépage suisse alémanique, vinifié dans un style moderne, pas loin d’un alvarinho du nord du Portugal ou d'un albariño d’Espagne, qui ont imposé un style de vin blanc vif et frais, à la mode aujourd’hui. Ces deux vins proviennent de producteurs, les familles Baumann et Schwarzenbach, présents dans la Mémoire des vins suisses (www.mdvs.ch). Eva Zwahlen comme Pierre Thomas sont membres de ce projet qui vise à constituer un «trésor» des vins suisses sur plusieurs dizaines de millésimes et à les mettre en valeur par des dégustations régulières.

Entre chasselas et assemblages rouges

Jean Solis avait amené deux magnifiques vins: un Dézaley 2012, de Philippe Rouge, médaille d’or au Mondial du chasselas 2013 à Aigle (2e place des vins blancs de notre classement), et un assemblage de syrah, de diolinoir et de pinot noir, Saveurs noires 2012 (1er classé des vins rouges, mais aussi le plus cher), d’un couple de vignerons-œnologues, Madeleine et Jean-Yves Mabillard-Fuchs, des hauts de Sierre, réputés pour leurs vins ciselés.

Les flacons apportés par Claudio De Giorgi, terminent au troisième rang, en blanc comme en rouge: un Yvorne très différent du chasselas du Dézaley, et le meilleur rapport qualité-prix de notre dégustation, un assemblage de gamay (à 90%, élaboré comme un beaujolais) et de mondeuse, signé par une vedette du vignoble genevois, Jean-Pierre Pellegrin.

Les vins de Nicolas Bourassin terminent 2e en rouge, un gamaret d’Aigle très réussi, et, 4e en blanc, dans un choix plus osé, soit le gewurztraminer du plus grand domaine bio de Suisse, les Coccinelles, à Neuchâtel.

Chassé croisé, enfin, pour les deux vins d’Arnaud Scalbert et de Stéphane Meier. La syrah du premier, étoile d’or de la Sélection du Valais 2013, se classe 4e, tandis que le chardonnay valaisan – le seul vin atteignant le plafond de 25 fr. – disparaissait derrière le goût de chêne. Double risque couru d’avance avec un cépage international élevé en barrique! Enfin, Stéphane Meier (absent de la dégustation) avait joué la carte genevoise, avec un savagnin d’un millésime moins jeune (2010), mais actuellement proposé par le producteur, et une mondeuse, un peu brute de décoffrage.

Pierre Thomas