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12 vins rouges de l'Alentejo: le moins cher est le meilleur!

Les vins lusitaniens connaissent un succès grandissant en Suisse. Et pas seulement parce que la colonie portugaise est une des plus nombreuses du pays.

Au sud de Lisbonne, à l’arrière de la façade sud de l’Algarve, s’étend l’Alentejo. Vastes plaines, balayées par les vents atlantiques, mais au climat à mi-chemin du continental – avec des hivers froids – et du méditerranéen – avec des étés caniculaires. Sur près de 24 000 hectares, l’Alentejo n’est qu’une parmi les dix grandes régions viticoles du Portugal et représente un peu moins de 10% de la surface viticole du pays.

Bons rouges à prix «canon»

Depuis toujours, cette région a servi de garde-manger au Portugal, avec ses étendues de céréales et d’oliviers. La vigne est revenue au premier plan depuis une quarantaine d’années. Et l’Alentejo symbolise un nouvel eldorado, qui mise aussi sur l’œnotourisme, à partir d’Evora, ville historique fort agréable, desservie par de nouveaux trains, à 200 km au sud de Lisbonne.

En dégustant ces vins rouges, forts en alcool (ils avouent 14% et un peu plus!), notre jury a placé trois bouteilles d’entrée de gamme en tête, et même la plus avantageuse en tête. Belle surprise pour qui regarde à son portemonnaie! Et ces vins, nés dans la chaleur estivale du sud de l’Europe, conviennent à des plats d’hiver bien de chez nous, comme la chasse et la cochonnaille. L’Alentejo s’est fait, du reste, une spécialité des porcs «pata negra», dont les meilleurs morceaux se retrouvent dans les jambons en Espagne voisine, alors que les bas morceaux sont mangés sur place.

Le «petit» toujours devant le «grand»!

En jouant sur l’assemblage, les œnologues obtiennent l’équilibre. Issu de la Coopérative agricole de Reguengos et Monsaraz (Carmim), fondée en 1971 par 60 viticulteurs, le vin le plus simple sous la première étiquette (Reguengos) s’impose, tandis que, de la même cave mais du dernier millésime, l’autre étiquette, Monsaraz, ferme la marche! Le premier avoue 40% d’aragonez, 40% de trincadeira et 20% de castelão, deux cépages autochtones (lire encadré).

Indépendamment des revendeurs – on remarque le retour gagnant d’Aligro, présent désormais de Genève à Zurich (Schlieren), en passant par Fribourg (Matran), Sion et Lausanne (Chavannes-près-Renens) –, plusieurs producteurs fournissent en Suisse des vins différents. A chaque fois, notre jury a préféré le moins cher.

C’est vrai pour Esporão, où le Monte Velho 2011 (même trio de cépages que le vainqueur), rate de peu la première place. Le second vin de ce domaine, appartenant à famille Roquette, active dans la banque (Banco Espirito Santo à Lausanne), termine plus loin. Même ordre de préférence pour le vin de la Quinta da Terrugem, au nord-est d’Evora, propriété de 60 hectares du groupe Alliança, où le vin de bataille Alabastro devance nettement une version «luxueuse». Et encore pour la Quinta do Zambujeiro, 22 hectares appartenant depuis 15 ans à l’homme d’affaires suisses Emil Strickler, où la sélection de Manor est mieux classée qu’une autre étiquette du domaine. Le millésime peut expliquer ce classement, puisque sur les six premiers, cinq sont des 2011!

Les vins les plus simples sont aussi ceux où les œnologues prennent le moins de risques, y compris de «boiser» le vin, au goût américain (Arco de Esporão) ou excessivement extrait (Quinta da Terrugem). Grâce à ses variétés autochtones, le Portugal peut proposer des vins rouges (et blancs) aux caractéristiques originales sans bluff en cave. Ce n’est pas le moindre des mérites dans un monde viticole mondialisé aux goûts standardisés !

Pierre Thomas


Pour télécharger le tableau comparatif, se référer à l'encadré au-dessous de la photo.