
La double facette des édulcorants
La société suisse de Nutrition et la Fondation suisse de l'obésité ont édité une brochure sur les avantages des édulcorants. De nombreux experts ne partagent pas leurs opinions.
«Des études à long terme, menées sur les enfants, ont démontré que le remplacement des boissons contenant du sucre par des boissons contenant des édulcorants occasionne une réduction des graisses et du poids». Voilà ce que prétend la dernière brochure de la Société suisse de nutrition (SSN) et de la fondation suisse de l'obésité (FOSO). Basée sur l'expertise de trois spécialistes suisses en alimentation, elle est surtout financée par Coca-Cola!
Kaspar Berneis, nutritionniste et chef à l'hôpital universitaire de Zurich contredit de telles affirmations: «Personne ne perd de poids en buvant des boissons avec des édulcorants. Pour se débarrasser des kilos en trop, il faut manger sainement et faire davantage d'exercice».
Quant aux enfants, ils feraient mieux de boire de l'eau. Car, comme le souligne John van Limburg Stirum, ancien président de la société suisse de nutrition et de médecine orthomoléculaire: les petits qui mangent constamment des bonbons rendent leur sens du goût moins aiguisé. Dès lors, ils ont besoin de toujours plus de sucre pour que la boisson ait un goût tout aussi doux: «C'est comme une drogue».
Danger pour les bébés et les poumons
Dans le prospectus, on lit aussi que «la diversité des aliments et des boissons sucrés par édulcorants peut aider une femme enceinte à satisfaire son envie de sucre et, ainsi, éviter, partiellement ou totalement, les calories supplémentaires». Stefan Weigt, de l'association indépendante allemande pour des conseils de santé, estime, au contraire, que les femmes qui attendent un bébé devraient les éviter. Il cite, à ce propos, une étude danoise datant de 2012 et fondée sur 60 000 femmes dont les résultats suggèrent que les édulcorants favorisent les naissances prématurées.
Le dépliant de la SSN parle également de l'aspartame, l'un des édulcorants les plus controversés qui se trouve, notamment, dans la Coca-Cola Light et Zero. Des études indiquent qu'il pourrait augmenter le risque de leucémie et du cancer du poumon. Et peut-être même la dépression et les migraines.
Quant au cyclamate, il peut conduire à un cancer de la vessie chez les animaux quand il est pris en très hautes doses. Il a d'ailleurs été retiré du marché aux USA mais «sucre» encore le Rivella bleu en Suisse.
Indépendance garantie
Aucune justification n'est avancée sur le fait que Coca-Cola ait financé la brochure. Interpellée, la firme américaine prétend qu'il s'agit d'une contribution au débat public sur la santé et la nutrition. Et face aux critiques faites ici, elle répond qu'elle-même n'utilise que des additifs et des ingrédients totalement sans risques et classés comme sûrs par les autorités.
Du côté de la SSN, le président Christian Ryser assure que l'indépendance a été garantie. Et souligne que les boissons Light et Zero sont certes «pauvres en calories mais pas recommandées pour se désaltérer». La SSN conseille plutôt l'eau ou le thé non sucré.
Andrea Fopp/mt


