
Médicaments sous surveillance
L'Europe appose désormais un triangle noir sur les notices des médicaments sous surveillance renforcée. La Suisse se contente d'observer.
Tout médicament introduit sur le marché est contrôlé par les instances compétentes. Mais le recul n'est pas toujours suffisant pour en cerner tous les effets, en particulier lorsque le principe actif ou le produit biologique sont nouveaux. Aussi, l'autorisation de commercialisation est parfois liée à une obligation de fournir des études complémentaires. Dans d'autres cas, l'aval est délivré à titre exceptionnel ou conditionnel.
Dans de telles conditions, les autorités de contrôle soumettent le produit à une surveillance renforcée dès sa mise sur le marché. Mais jusqu'ici, rien ne permettait aux consommateurs de reconnaître les médicaments concernés. L'Union européenne a donc mis en place un système pour les identifier facilement: un triangle noir inversé est apposé sur leur notice. Il sera accompagné de la courte phrase: «Ce médicament fait l'objet d'une surveillance renforcée.»
Swissmedic suit avec intérêt
Introduit au début du mois, ce symbole ne signifie pas pour autant qu'un remède est dangereux. Car s'il a reçu l'autorisation d'être commercialisé, c'est que ses bénéfices et ses risques ont été appréciés. Mais les essais cliniques qui mènent à cette évaluation se font généralement avec un nombre de personnes restreint et sur une période relativement courte. Dans ces conditions, il est illusoire de détecter tous les effets indésirables d'un produit. C'est là que la surveillance renforcée prend le relais, en encourageant notamment les patients et les professionnels de la santé à partager leur expérience pour enrichir les connaissances.
Le triangle noir est donc bienvenu dans l'opacité de l'univers pharmaceutique. Cette heureuse initiative européenne inspirera-t-elle la Suisse? «Nous suivons l'évolution des directives européennes pour les médicaments avec intérêt. Fondamentalement, nous considérons que le symbole est intéressant si sa signification est clairement communiquée», déclare Daniel Lüthi, porte-parole de Swissmedic, l'autorité suisse de contrôle et d'autorisation des produits thérapeutiques. Une attitude contemplative qui ne rassurera que celles et ceux qui craindraient un bouleversement prochain dans nos frontières…
Yves-Noël Grin


