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12 vins blancs Suisses monocépages: des blancs mi-figue, mi-raisin

Il n’y a pas que du chasselas, dans le vin blanc suisse! Au contraire, l’œnologie moderne développe des trésors d’imagination dans la diversification. Démonstration mi-figue, mi-raisin.

Que deux monocépages se classent en tête de notre test n’a rien d’étonnant. En avouant une seule variété sur l’étiquette, un producteur annonce la couleur et le consommateur sait à quoi s’attendre. Ainsi du muscat Bibacchus, des maisons Bonvin & Varone, grand vainqueur de notre dégustation. Voilà un vin qui ne «surjoue» pas la partition aromatique du muscat, cépage identifié et cité en Valais dès le début du XIXe siècle déjà (donc avant le chasselas-fendant), mais s’en tient à une honnête élégance.

Et voici des rouges… décolorés!

Si le Müller-Thurgau est réservé par les grandes surfaces aux Suisses alémaniques, pas moins de trois merlots blancs tessinois sont disponibles dans les supermarchés. Voilà un OVNI – objet vineux non identifié –, fruit de la technologie moderne: vendange précoce des moins riches grappes de merlot dont le Tessin s’est fait le champion, fermentation à basse température et décoloration du moût au charbon, pour éviter une teinte rosée plus ou moins foncée. Cet «ersatz» est bien vendu, et c’est le moins onéreux qui s’en sort le mieux (4e rang) dans notre dégustation!

C’est aussi un des trois vins à moins de 10 fr. Car, en sortant des chemins battus du chasselas, les producteurs suisses savent valoriser leurs produits. Et le meilleur marché, le Domaine de la Maison Blanche, élaboré par Uvavins et vendu 7.95 fr. par Denner, est aussi le plus incongru: assemblage improbable de trois cépages blancs (chasselas, chardonnay et doral) et de cinq rouges vinifiés en blanc (!) (gamay, pinot noir, garanoir, gamaret et dakapo).

Premier des assemblages, un valaisan proposé – mazette! – à 39.90 fr. par Globus (à Lausanne et à Zurich), fait d’ermitage (marsanne blanche) et de païen (savagnin blanc), luxueusement élevé durant 14 mois en barrique. Il faut aimer le «goût de chêne», chèrement payé en l’espèce! Techniquement, le vin est assurément bien fait… Mais on lui a préféré, hormis le muscat déjà cité, un pinot gris neuchâtelois, que seule une acidité vive pénalisait. Issu de la plus grande exploitation viticole suisse cultivée en bio, le Domaine des Coccinelles, il porte le label «Le Bourgeon», comme deux autres assemblages. Ceux-ci, un vaudois (chardonnay, pinot gris et pinot blanc) et un genevois (chasselas et chardonnay, selon le site internet de Coop), se sont révélés décevants et figurent en queue de classement (10e et 12e rangs).

Des vins qui avancent masqués

On regrettera l’absence d’informations sur les contre-étiquettes de ces vins: pas un mot pour expliquer par quelle magie un grand cépage rouge devient du «merlot bianco». Pas (ou peu) d’explications sur les assemblages (lire encadré ci-contre).

Hors les «spécialités» typées valaisannes que sont le johannisberg, la petite arvine ou le païen, les autres cépages blancs cultivés en Valais semblent difficiles à écouler. Annoncé comme «pinot gris», avec un bandeau «doux» sur le coin gauche de la contre-étiquette au dos du flacon, le vin des Fils de Charles Favre SA est, en fait, une malvoisie doucereuse, alors que l’assemblage Hurlevent, de la même maison, souffre à la fois d’un excès de sucrosité et de boisé, «ni chair ni poisson», comme a dit un de nos dégustateurs. On retrouve la définition du titre, qui résume cette dégustation hétéroclite.

Pierre Thomas


Pour télécharger le tableau comparatif, se référer à l'encadré au-dessous de la photo.