
La Solikarte gène Migros
Grâce au projet Solikarte, des consommateurs peuvent redistribuer leurs bons Cumulus aux plus démunis. Mais Migros entend reprendre le contrôle.
«Avez-vous une carte Cumulus?». La traditionnelle question que pose chaque caissière de Migros a inspiré Deborah Buess. En 2009, la jeune Saint-galloise lançait la Solikarte, utilisable comme la carte Cumulus classique. La nuance? Les siennes disposent toutes du même code barre pour que les points Cumulus récoltés soient regroupés sur un même compte. Les bons d'achat obtenus sont ensuite redistribués à des personnes qui bénéficient notamment de l'aide d'urgence.
Or, comme l'a révélé Le Courrier du 28 août, Migros a décidé d'invalider les cartes en circulation au printemps 2014. «La Solikarte n'est pas compatible avec les innovations techniques que nous développons comme le self-scanning ou le paiement par le biais des smartphones. Elles exigent, en effet, que le détenteur de la carte soit identifié, ce qui n'est pas le cas avec la Solikarte», justifie Christine Gaillet, porte-parole de Migros.
Revirement mal perçu
Le grand distributeur a donc proposé d'intégrer Solikarte à son propre programme de dons. Lancé en 2011, celui-ci permet aux détenteurs de la Cumulus de reverser leurs points – convertis en bons d'achat – à des organisations d'utilité publique. Ce qui ne satisfait pas franchement Debora Buess: «En juillet 2012, Migros nous a donné la permission de fonctionner comme nous le faisions. En janvier dernier, elle change d'avis alors que nous avons investi du temps et de l'argent pour développer notre projet. Ce n'est pas correct.»
Debora Buess craint surtout que l'intégration de Solikarte au programme de dons Cumulus soit une mauvaise opération. «En moyenne, nous récoltons 13'000 fr. par mois. Or, d'après les informations que Migros nous a fourni, les six associations qui font partie du programme de dons Cumulus reçoivent nettement moins. Et comme nous n'avons pas les adresses de tous les détenteurs de la Solikarte, nous ne pouvons pas les contacter pour leur expliquer comment procéder.»
Selon une estimation très vague, la jeune Saint-galloise estime que les détenteurs de la Solikarte sont environ 5000 en Suisse. De son côté, Migros les évalue à 1000 seulement. Parmi eux, des consommateurs qui appréciaient la possibilité de se passer de la carte Cumulus pour éviter le «pistage marketing» tout en faisant bénéficier des nécessiteux de ses avantages. Echappatoire que Migros n'appréciait sans doute pas de la même manière…
Yves-Noël Grin


