
100 balles en travers de la gorge
Elle aime les soubresauts. En 1984, la vignette autoroutière a été présentée comme une mesure provisoire pour renflouer les caisses fédérales. Le peuple l’a acceptée comme telle, mais a vite compris qu’elle ornerait à tout jamais son pare-brise. Elle est passée une première fois de 30 à 40 fr. en 1995. Et puis, tout à coup, Berne veut la faire grimper à 100 fr.
Le Conseil fédéral estime cette augmentation nécessaire pour les infrastructures routières. Et il en prévoit d’autres, puisqu’il mettra en consultation, cet automne, une hausse de la surtaxe sur les carburants de 12 à 15 ct. par litre. Rien ne garantit pourtant la réalisation de chantiers routiers attendus – comme le contournement de Morges – sachant que deux tiers des recettes servent à financer les transports publics et non les routes. Les automobilistes accepteront-ils d’être les mécènes d’une politique des transports louvoyante? Rien n’est moins sûr, vu l’effort financier brutal qui leur est demandé.
Le Conseil fédéral devrait s’inspirer de la stratégie des assureurs maladie qui savent faire passer la pilule en la diluant subtilement. L’an prochain, les primes de base n’augmenteront que de 2%, histoire d’apaiser la population avant le scrutin sur la caisse unique. Un scénario qui rappelle furieusement la hausse exceptionnellement contenue des primes en 2007, année de la première votation sur le sujet.
On en viendrait ainsi à oublier que les primes de l’assurance maladie de base se sont envolées de 133% entre 1996 et 2013 pour les adultes. En revanche, l’augmentation comparable de la vignette (+150%), personne ne risque de l’ignorer au moment de voter le 24 novembre prochain…
Yves-Noël Grin


