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12 syrahs et shiraz du monde: le Rhône, plutôt que les antipodes

Syrah ou Shiraz? Le duel entre les Rhodaniens du haut et les Australiens du bas (sous nos pieds…) tourne à l’avantage des premiers. Dégustation d’un rouge puissant, riche et épicé.

Des syrahs, il y en a à tous les prix dans les supermarchés. Celles qui se classent en tête et en dernière place de notre dégustation proviennent du même rayon (Coop), au même prix moyen élevé (14.90 fr.) et, néanmoins, aux antipodes: le Valais en tête, la Barossa Valley en queue! Et, entre deux, dix vins, loin d’être divins.

Le Valais devant les Côtes-du-Rhône

On a pu dire que la mondialisation de la syrah est née de l’ennui procuré par les cépages bordelais que sont le merlot et le cabernet sauvignon. De fait, la syrah se propage depuis un bon siècle et même davantage dans toutes les régions viticoles chaudes du monde. Son indéniable pedigree alpin (lire encadré) lui permet de réussir en Valais.

D’ailleurs, ce sont deux vins du Vieux-Pays qui s’imposent. Le premier d’une marque exclusive de Coop, Bibacchus, des maisons sédunoises Bonvin et Varone, le second d’un autre producteur réputé, Jean-René Germanier SA, à Vétroz. Ce dernier fait jeu égal, hormis un avantage de 90 centimes, avec une «petite» appellation des Côtes-du-Rhône du Nord, Crozes-Hermitage, sœur mineure du grand et cher Hermitage. Ce trio affiche 13% d’alcool, une valeur moyenne pour les syrahs européennes.

Première des entrées de gamme, une valaisanne encore, presque deux fois moins chère que la gagnante du jour, plus légère, mais sans défaut majeur. Et puis, à la cinquième place seulement, la première australienne, au même prix que la deuxième valaisanne et que le Crozes-Hermitage. Attention à ne pas s’y méprendre: un autre Crozes – la Cuvée de l’Empi – du même millésime, mis en bouteilles par Coop et vendu 9.90 fr., ne figure pas dans le tableau: ses deux échantillons étaient éventés. C’est l’occasion de rappeler que nos dégustations ne portent que sur des vins et des millésimes précis!

L’Australie larguée

Perpétuant par sa graphie une légende tenace, la shiraz australienne, dans ses versions disponibles en supermarchés, cultive les caractéristiques des vins du Nouveau-Monde: une matière première riche en alcool (14% et plus), des arômes de fruits confiturés, teintés d’un boisé exotique (eucalyptus, cèdre), quel que soit le millésime et le prix (de 3.75 à 19.90 fr.).

Derrière la France, où la syrah prospère sur 70 000 ha, entre le Languedoc, le Roussillon et son berceau des Côtes-du-Rhône, l’Australie figure au deuxième rang. Introduite depuis Montpellier en 1832 déjà, elle y occupe le premier rang des cépages rouges, avec 44 000 ha, dont 5000 dans la Barossa Valley. Dans cette région, entre le Château Tanunda et la cave de Peter Lehmann (du nom de son fondateur, disparu à la fin de juin, à l’âge de 82 ans, entreprise qui fut rachetée à la surprise générale par le Bernois Donald Hess, il y a dix ans), distants de trois minutes en voiture, il y a pourtant de notoires différences.

Valaisanne depuis moins d’un siècle

Si, dans les années 2010 à 2012, on n’a pas trouvé dans les supermarchés de vins sud-africains (9000 ha de syrah) ou californiens (7000 ha) – mais il en existait du millésime 2009 –, la Sicile, avec ses 5500 ha, aurait pu jouer les arbitres. Las, les deux échantillons de l’île italienne sont renvoyés dos à dos: sous des arômes floraux ou surcuits, ils n’excitent guère les papilles. Et le Valais, avec 160 ha des 185 ha suisses de syrah, importée au Domaine de l’Etat, à Leytron dès 1921 par feu le Dr Henry Wuilloud, s’en tire avec les honneurs. Et moins de 200 ha de syrah, c’est aussi ce que la Chine en cultive pour l’instant…

Pierre Thomas


Pour télécharger le tableau comparatif, se référer à l'encadré au-dessous de la photo.