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Des vidéos médiocres à 16 000 fr.

Une trentaine de PME romandes sont en litige avec la société Astramedia. En cause, des vidéos de promotion très chères, mal référencées et souvent bâclées.

Les vendeurs d’Astramedia leur avaient promis monts et merveilles. Grâce à une vidéo de promotion bien référencée, leur PME allait bénéficier d’une visibilité maximale sur internet, avec une belle augmentation de la clientèle à la clé. Et, pour parfaire le tableau, la réalisation du produit était gratuite! Un cadeau surprenant, que certains vendeurs ont justifié en expliquant qu’Astramedia, basée à Pfäffikon (SZ), souhaitait pénétrer le marché romand.

Dans les faits, l’aventure a vite tourné au vinaigre pour plusieurs patrons de PME romandes. Vidéo bâclée et parfois tout simplement introuvable sur le web, alors même que le démarcheur avait promis un référencement optimal grâce à un partenariat avec Google. Et, surtout, une note totale très salée: de 14 000 fr. à 16 000 fr. dilués en mensualités sur quatre ans! En fait, la vidéo était soi-disant gratuite, mais sa «distribution» et l’«optimisation de la présence sur internet» ont été facturés au prix fort. Un montant d’autant plus douloureux que le produit n’a eu aucun effet sur le volume de la clientèle, selon le témoignage de certains commerçants.

«Tromperie intentionnelle»

Démarché par Astramedia après l’ouverture de son centre de bien-être au début de 2012, Cédric Abeck a très vite regretté la signature du contrat et a demandé en vain son annulation. Suspicieux, il avait en effet contacté Google, qui a démenti catégoriquement un quelconque partenariat avec Astramedia.

La société schwyzoise lui demande désormais 16 000 fr. pour rupture de contrat, alors même que la vidéo de promotion n’a jamais été tournée. Sur la page Facebook créée pour relater sa mésaventure, notre lecteur a rapidement découvert qu’il n’était pas le seul. Et c’est ainsi qu’une trentaine de PME romandes s’estimant lésées se sont regroupées autour de l’avocat genevois Christian Petermann.

Ce nombre a permis au magistrat de recouper les témoignages et de rassembler diverses preuves, dont des courriels et un classeur de formation de l’entreprise qu’il qualifie de «véritable manuel du petit arnaqueur». Pour l’homme de loi, qui affirme «n’avoir jamais eu un dossier aussi solide», les choses sont claires: «Il s’agit d’une stratégie d’entreprise et les vendeurs étaient formés pour mentir.»

A ses yeux, il faut donc parler de dol, c’est-à-dire de tromperie intentionnelle, et cela est suffisamment probant pour faire invalider tous les contrats avec effet rétroactif.

Une minorité de râleurs?

Astramedia a une tout autre explication: «Nous avons bien eu, il y a trois ou quatre ans, quelques vendeurs qui tenaient des propos contraires à la vérité, afin de conclure des contrats. Mais nous avons mis fin à ces comportements», explique Thomas Pfister, son directeur des finances. Et ajoute qu’un nouveau positionnement a aussi conduit à un changement quasi total du personnel de l’entreprise et que la qualité des produits proposés a été améliorée.

«Astramedia compte actuellement plus de 6500 clients. Naturellement, sur un tel nombre, il y en a aussi qui ne sont pas contents», argue encore son directeur des finances. La trentaine de plaignants romands ne seraient-ils qu’une minorité de râleurs? Christian Petermann conteste en invoquant un document indiquant qu’Astramedia, via la société de recouvrement Intrum Justitia, est en litige avec au moins 240 clients.

A la suite de plusieurs plaintes civiles de l’avocat, notamment pour dol, des audiences de conciliation ont eu lieu en l’absence d’Astramedia. La société avait invoqué une question de for juridique pour contester la compétence des tribunaux genevois, mais le juge a récemment écarté cet argument. Plus motivé que jamais, Christian Petermann prépare actuellement une procédure pénale et une procédure administrative basée sur la loi contre la concurrence déloyale (LCD).

Sébastien Sautebin