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Urgence à prix d’or

La facture d’un vitrier genevois, intervenu un dimanche en urgence, fâche une de nos lectrices. En revanche, la police, qui a mandaté l’entreprise, ne se soucie guère des prix.

C’est l’histoire d’une vitre cassée, un beau dimanche. Alertée, la police arrive sur place pour sécuriser les lieux, mais n’arrive pas à contacter Anne Jullien Junod, la responsable de la librairie. La patrouille appelle alors la Vitrerie Droz MSV pour changer le verre. Un collaborateur de la librairie arrive enfin sur place, alors que le vitrier se tient déjà prêt à intervenir. A ce moment-là, l’ouvrier estime, à l’œil, les coûts de la réparation à 300 fr.

Du simple au double

On imagine donc la surprise d’Anne Jullien Junod lorsqu’elle a reçu une facture de 605 fr.! La main-d’œuvre d’une heure et demie, un dimanche, est taxée comme un service de nuit et s’élève déjà à 300 fr. A cela s’ajoutent les frais de déplacement (90 fr.), le matériel (20 fr.) ainsi qu’un copieux forfait de base pour le service d’urgence (150 fr.). Arrosez le tout de la TVA (45 fr.) et le compte est bon, mais salé.

En tant que président de l’Association genevoise des maîtres vitriers, miroitiers, encadreurs et storistes, Bernard Erny explique que les 150 fr. de forfait de base couvrent les indemnités de piquet pour les employés de service au cours de l’année. SOS Vitriers, spécialiste de ce genre d’intervention, affirme cependant ne pas dépasser 350 fr. pour un cas comme celui-ci. «Par éthique, puisque le prix d’une pose provisoire ne devrait pas être plus élevée qu’une définitive», affirme le responsable de l’entreprise.

De toute évidence, Droz msv ne connaît pas la même logique. Elle précise d’ailleurs que «le montant facturé pour cette intervention d’urgence aurait été moins élevé si nous avions effectué les travaux de remise en état, car nous faisons un rabais aux clients qui nous les confient». Information qui, soit dit en passant, n’est jamais remontée jusqu’à la principale intéressée, la libraire…

La police fait un tournus

Les «urgentistes» surfent sur un marché juteux. Vu la situation, un devis n’est pas possible et la police décide qui intervient selon une liste d’une petite dizaine d’entreprises. «Nous les avons sélectionnées selon un cahier des charges et nous les appelons à tour de rôle. Un programme informatique se charge

de nous indiquer qui contacter d’abord, affirme Christophe Fortis, porte-parole de la Police cantonale genevoise. Si la société n’est pas disponible, on passe à la suivante. Dans le cas où une entreprise est mieux organisée que les autres, il se peut alors qu’elle soit plus sollicitée.» Il mentionne cependant que les critères de sélection seront peut-être revus et les tarifs appliqués par les entreprises seraient alors pris en compte (lire encadré).

Bernard Erny, à la tête d’une entreprise inscrite sur cette fameuse liste, estime, pour sa part, être mandaté par la police une à deux fois par semaine. Vu les prix et la fréquence des interventions, le business de l’urgence a donc de beaux jours devant lui!

Pierre Gumy