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L’indifférence politique face au gaspillage alimentaire

De nombreux pays prennent des mesures pour lutter contre le gaspillage alimentaire. En Suisse, c’est l’immobilisme.

Près de 2 millions de tonnes de denrées alimentaires en parfait état finissent chaque année dans les poubelles suisses. Soit près d’un repas (320 g) par jour et par habitant… C’est ce qu’avait révélé une étude de chercheurs de l’Ecole technique fédérale de Zurich (EPFZ) et de l’Université de Bâle en octobre dernier. Dans le cadre de la Journée mondiale de l’environnement qui se déroulera demain, mercredi 5 juin, le WWF dénonce l’immobilisme de la Suisse dans un domaine où d’autres pays ont déjà réagi.

Passivité politique

En effet, l’Union européenne et d’autres Etats-membres ont déjà fixé des objectifs concrets de réduction du gaspillage. L’Allemagne et la France misent sur une baisse de respectivement 50% d’ici à 2020 et 50% d’ici à 2025. La Grande-Bretagne, qui a déjà pris des mesures, a pu réduire le gaspillage des ménages de 13%. «Ce que nous regrettons, c’est que la Confédération n’a toujours pas formulé d’objectifs précis dans ce sens, alors que c’est à elle de donner un signal fort», dénonce Pierrette Rey, porte-parole du WWF Suisse. Il faudra pour l’heure se contenter du concours d’idées «Our Common Food» que l’Office fédéral de l’agriculture (OFAG) lance ce 5 juin 2013 – en partenariat avec d’autres entités – sur le thème du gaspillage alimentaire.

Les autres acteurs du marché ont déjà entamé des réflexions pour diminuer la quantité de déchets alimentaires. L’Association suisse du commerce fruits, légumes et pommes de terre (Swisscofel) a annoncé qu’elle allait revoir ses standards (calibrage, critères esthétiques, etc.) en automne pour réduire les pertes. Sachant que le tri sélectif génère 13% du gaspillage alimentaire dans le secteur agricole et 30% dans l’industrie de transformation, une refonte des normes aurait un impact immense.

Dates de péremption à revoir

Le commerce de détail, lui, ne contribue certes qu’à 5% des déchets alimentaires, mais son comportement influence tous les acteurs du marché. Primo, ses exigences participent au tri sévère de la production agricole. Secundo, les dates de préemption exagérément prudentes incitent les particuliers à jeter à tort des produits encore propres à la consommation (lire «Eviter d’inutiles gaspillages», BàS 10/2011). Or, ce sont précisément les ménages qui sont les plus responsables (45%) de la dilapidation des denrées alimentaires.

Selon Pierrette Rey, le commerce de détail prend peu à peu conscience du rôle qu’il a joué: «A notre connaissance, Migros se penche déjà sur la question avec l’intention de réexaminer les dates de préemption. Mais sur ce point, les distributeurs n’ont pas beaucoup de marge de manœuvre, puisqu’ils doivent respecter la législation, comme l’Ordonnance sur les denrées alimentaires. Par conséquent, c’est bien au Conseil fédéral et au Parlement de donner l’impulsion.»

Yves-Noël Grin