
Assurés d’être plumés
Entre 1996 et 2011, les assurés de neuf cantons (dont Genève, Vaud, Neuchâtel et Fribourg) ont payé 2 milliards pour des primes de l’assurance maladie en trop (par rapport à leurs dépenses de santé), alors que, dans le même temps, les primes ont été sous-évaluées dans 17 autres cantons.
Or, plutôt que de demander aux caisses maladie, qui se sont trompées dans leurs prévisions, de rétrocéder le trop-perçu – en puisant dans leurs réserves plus que replètes –, tout le monde y va de sa petite recette. L'objectif est de soulager un tant soit peu le sentiment d’injustice des assurés prétérités en ne fâchant personne, et surtout pas le puissant lobby des assureurs.
La dernière proposition en date n'évoque déjà plus qu'une rétrocession de 800 millions de francs, soit 40% du montant subtilisé. Cette «solution» a pourtant été largement saluée comme une victoire pour les assurés. Finalement acceptée par la Commission des Etats, le 2 mai dernier, le projet prévoit que les assurés des cantons qui ont payé des primes trop basses compensent un tiers de la somme (via la taxe CO2), la Confédération et les assureurs assumant les deux autre tiers.
Au final, c’est un peu comme si un particulier qui a mangé une pizza au restaurant se faisait refiler la note de son voisin qui s'est, lui, régalé d’une entrecôte. L'erreur s'élevant à 30 fr., on décide alors que le client sous-facturé rembourse 10 fr. et autant le restaurateur. Pour le reste, on organise une collecte auprès de l’ensemble des clients du bistrot. C'est ce qu'on appelle la magie du compromis helvétique…
Philippe Chevalier


