
12 vins rouges siciliens et sardes: nero d'Avola et autres cannonau
Prenez un peu d'avance sur vos prochaines vacances et goûtez aux vins de Sicile et de Sardaigne. Les supermarchés en regorgent, ce printemps, à des prix cassés. Palmarès.
On aime bien réduire un pays ou une région à un ou deux cépages qui s'épanouissent sur un terroir favorable. Exemples: la Bourgogne et ses chardonnay et pinot noir, le Bordelais et ses merlot et cabernet sauvignon, l'Alsace et ses riesling et gewurztraminer, la Toscane et son sangiovese, la Rioja et son tempranillo, la Californie et son zinfandel ou la Suisse romande et son chasselas (ne manquez pas notre prochaine dégustation des 2012!).
Sicile et Sardaigne: dix fois le vignoble suisse
Dans cette logique, la Sicile s'incarne dans le nero d'Avola, cépage autochtone, et la Sardaigne dans la version locale du grenache noir, le cannonau. Que les deux îles méditerranéennes soient présentes dans les supermarchés n'a rien d’extraordinaire. Avec ses 120000 hectares de vignoble, la Sicile est la première région vitivinicole d'Italie par la surface. La Sardaigne, elle, est plus petite: 30000 ha. Soit, tout de même, le double du vignoble suisse.
Cumulées, les deux îles italiennes représentent dix fois la surface helvétique!
Aujourd'hui, face aux spécialités locales de plus haut de gamme (lire encadré), les vins tirés de ces cépages emblématiques occupent l'entrée de gamme. Ils représentent chacun 20% de la production de leur île et en sont chacun le principal cépage rouge. Dégustés dans la foulée par notre jury – le sarde d’abord, le sicilien ensuite, les assemblages enfin –, chacune des deux variétés a son champion, qui sont aussi parmi les plus alcoolisés de notre sélection (14% et plus!). Cette générosité est indissociable des deux cépages, qui s'épanouissent dans un climat méditerranéen, souvent pluvieux au printemps, sec en été, et venteux toute l'année.
Organoleptiquement, les vins tirés du nero d'Avola et du cannonau présentent des profils assez proches: parfumés, épicés (sur les épices orientales), riches, ronds, gras et souples. Le trio classé en tête ne fait pas partie des vins les meilleur marché: c'est presque une exception dans nos dégustations, le prix étant rarement indice de qualité! De 2009 à 2011, le millésime ne fait pas non plus la différence. En fait, chacun des trois vins exprime ses particularités: puissance pour le premier (arrivé en vrac à Coop à Bâle qui l'a mis en bouteilles), typicité pour le deuxième (d'un outsider sarde) et bonne facture pour le troisième, assemblage de 35% de nero d'Avola, 35% de syrah et 30% de cabernet sauvignon, sorti des caves de Carlo Pellegrino, à Marsala. Ce dernier vin, qui illustre la modernité dans ce millésime, a enthousiasmé les critiques du guide «Gambero Rosso» (distinction suprême de «tre bicchieri»).
Trois vins en embuscade
Trois vins bon marché sont en embuscade. D'abord, le Corale, présenté comme un assemblage sur l'étiquette, mais pur nero d’Avola selon le site internet de Denner, produit par un mastodonte sicilien, les caves Settesoli, (6500 hectares, soit l'équivalent des vignobles valaisans et genevois mis ensemble, et 20 millions de bouteilles!). Ensuite, le Notorius, entrée de gamme de C. Pellegrino, et le Chiaramonte de Firriato, autre grand domaine sicilien (320 ha, plus de 4 millions de bouteilles), d'un nouveau venu dans notre tableau, Otto's. Dans un capharnaüm de cartons entassés et de flacons mélangés, ce distributeur se profile depuis l'an passé comme un «cash and carry» agressif pour les vins italiens, espagnols et même suisses!
Le pur nero d'Avola de Firriato est classé ex æquo avec un assemblage (complété par de la syrah) de la même maison, «formaté» au goût international (boisé agressif, sucrosité), décevant, comme le cannonau des géants sardes, Sella & Mosca et Argiolas. Là encore, c'est le tout-venant qui se retrouve dans les supermarchés, Coop et Globus proposant quand même, mais sur leur site internet, des vins siciliens de prix (plus de 50 fr.), comme le Duca Enrico sicilien et le Terre Brune, un carignano del Sulcis sarde.
Pierre Thomas


