
Pas toutes roses, les fraises suisses
Les fraises suisses cultivées sous serres chauffées peuvent émettre 35 fois plus de CO2 que les fraises espagnoles.
Consommer local n’est pas toujours un gage d’écologie. C’est le constat qu’ont pu tirer nos confrères de l’émission On en Parle (RSR, La Première). Selon une étude de Quantis, les fraises suisses actuellement disponibles sur le marché ont une empreinte énergétique désastreuse. En raison de leur culture sous serres chauffées, elles émettent 35 fois plus de CO2 que les espagnoles qui poussent sans chauffage, malgré la prise en compte de l’acheminement!
Le mode de culture pèse lourd
Pour ravir ses papilles sans trahir ses convictions environnementales, il faut donc attendre les fraises suisses de saison cultivées naturellement. Celles-ci sont 70 fois moins gourmandes en CO2 que leurs cousines qui grandissent sous serres chauffées, donc deux fois plus frugales que leurs concurrentes espagnoles. Ces résultats démontrent que l’empreinte carbone ne dépend pas uniquement du lieu de production – et donc du transport – mais également du mode de culture.
Dans son analyse, Quantis a également évalué l’empreinte de l’eau. Quelque soit le type de culture, les fraises suisses exercent une pression nettement plus raisonnable sur les ressources hydriques: elles ont besoin de 20 litres d’eau par kilo alors que leurs concurrentes espagnoles en exigent quatre fois plus. Cet indicateur permet de nuancer ainsi le résultat de l’analyse, même si d’autres paramètres – conséquences sur la biodiversité, usage d’engrais, etc. – mériteraient d’être mesurés pour disposer d’une vue plus globale.
Local et de saison!
En bref, cette étude rappelle avec pertinence qu’il ne suffit pas d’acheter local pour consommer responsable, mais qu’il est primordial de respecter le rythme naturel des saisons. Acheter fruits et légumes suisses, oui, mais pas n’importe quand. Le hic, c’est que tous les consommateurs n’ont pas le calendrier des saisons en tête et que les distributeurs ne contribuent pas à les orienter. Il suffirait pourtant que l’étiquetage des produits intègre le mode de culture pour que tout le monde y voit plus clair.
Yves-Noël Grin


