
Du vin bio, et même du bon!
On trouve du «vin bio» dans les supermarchés. Notre dégustation de rouges dûment labellisés montre qu’il y en a de bons. Même si les acheteurs s’en méfient.
Les supermarchés sont encore réticents à offrir des vins bio. Coop les regroupe dans un même rayon, dans ses plus grands magasins, tel Léman-Centre, à Crissier (VD). Manor signale le «bio» avec une étiquette verte… de la même couleur que pour signaler le vin «local». Et, sur sa page internet réservée au vin, la chaîne y va d’un couplet pétri d’angélisme: «La passion pour un vin particulièrement bon est aussi la passion pour un écosystème sain.» Même lyrisme sur le site internet de Globus: «La nature à pleines gorgées» y lit-on pour proposer des rouges du Zurichois Dieter Meier… venus d’Argentine, histoire de bien montrer qu’il ne faut pas confondre «bio» et «écolo»!
Pour nous, une chose est claire: le vin «bio» s’imposera le jour où il se montrera à l’égal des autres vins d’une même région, d’un même cépage et d’un même millésime. Sinon, il restera cantonné dans une niche – et les consommateurs suisses paraissent penser la même chose (lire encadré).
Des rouges du Sud, chaud et sec
Ces vins rouges bio, dégustés à l’aveugle, ont été jugés pour eux-mêmes. On remarquera que la majorité provient du sud de l’Europe, soit du Languedoc-Roussillon (comme le mieux classé) ou de Provence, du plus chaud de l’Espagne (Jumilla, Valence) et d’Italie (des Abruzzes ou de Sicile). Le climat y est naturellement plus favorable, et ne nécessite donc pas de devoir utiliser des produits chimiques (engrais, désherbants, pesticides, antifongiques, tous interdits par le bio) pour obtenir une bonne matière première: le raisin.
Tous les vins dégustés portent un label. Ceux de Coop sont, de surcroît, couverts par le «Bourgeon», ce qui veut dire que les vins, même étrangers, respectent les critères de Bio-Suisse. Comme le rappelait Alain Réaut, le président de la filière vitivinicole bio française, en janvier dernier, «être en bio, c’est être contrôlé et certifié». Pourtant, en ce début de 2013, on n’a pas encore repéré dans les rayons le sigle bio européen, obligatoire dès le millésime 2012, après épuisement des stocks. Ce sigle, assorti des mots «vin biologique», interdira l’usage de la locution «vin issu de raisins de l’agriculture biologique», seule valable jusqu’ici. Car tout le processus, à la vigne comme en cave, devra respecter désormais un cahier des charges plus restrictif sur l’usage de certains produits que pour le vin dit «conventionnel».
Des assemblages… suisses aussi
La plupart des vins bio sont issus d’un assemblage de plusieurs cépages: c’est vrai pour le premier classé, le Marie Gabrielle 2011, qui contient 50% de syrah, 40% de grenache et 10% de mourvèdre, cépages traditionnels du sud de la France. Mais le Collefrisio Uno italien, classé deuxième, et le cinquième ex æquo sont des montepulcianos en principe purs.
Noté à 14 points, un des rares vins rouges suisses bio disponibles en supermarché, la Cuvée Noble, est un assemblage de gamaret, de merlot et de cabernet sauvignon de La Côte. Son producteur, le Vaudois Reynald Parmelin, a été sacré trois fois de suite champion suisse du vin bio, mais avec un blanc, le johanniter, nécessitant peu de traitements à la vigne… C’est lui aussi qui cultive les raisins du Domaine de Marcins (5e ex æquo).
Ces deux vins suisses sont parmi les moins riches de la dégustation. Car les vins du sud de l’Europe frisent ou dépassent les 14% d’alcool (déséquilibré, l’avant-dernier, avoue même 15%!). Certains dégustateurs ont été sensibles à un léger pétillement sur la langue. Cette présence de CO2 peut s’expliquer pour éviter l’usage du SO2 (ne pas confondre les deux!), l’anhydride sulfureux. Dans le règlement européen de 2012, le SO2 est limité, par rapport aux vins dits «conventionnels». Mais aucun des vins rouges bio de supermarché ne revendiquait d’être un «vin nature», locution française à la mode pour signaler l’absence de SO2, suspecté de causer un sérieux mal de tête, du moins chez les personnes sensibles. Ou qui en boivent trop!
Pierre Thomas


