
Amazon: scandales en stock
Les conditions de travail dans ses usines et des pratiques fiscales douteuses méritent que les consommateurs se posent la question: faut-il éviter le géant américain?
Acheter des livres ou de la musique bon marché, cela peut-être intéressant. Mais à condition que l’entreprise qui permet des prix défiant toute concurrence ne pratique pas une politique managériale irresponsable envers ses employés. Or, depuis la parution, ces dernières années, de plusieurs enquêtes, compilées samedi dernier dans le quotidien Le Temps, on peut sérieusement en douter.
Les révélations ont débuté courant 2008 en Angleterre. Une journaliste du Sunday Times s’infiltre dans une usine d’Amazon et décrit les conditions de travail: les employés, pour la plupart étrangers, travaillent 7 jours sur 7 et subissent un système à points (les absences, même pour raison médicales, et les retards entraînent des malus; au bout de six, c’est le licenciement!).
En 2011, c’est autours du Morning Call de dénoncer la chaleur et les malaises fréquents dans une usine américaine. Amazon a depuis réagi publiquement, et le consommateur pouvait penser que l’entreprise avait pris acte en respectant dorénavant ses salariés.
Mais il y a un mois, la chaîne allemande ARD a diffusé un reportage qui a relancé la polémique. Le géant américain utilisait une société externe pour surveiller les salariés. Des intérimaires provenant de mouvements néo-nazis encadraient avec des méthodes militaires les employés, soit de nombreux immigrés étrangers, dont de nombreux Espagnols, dans un site d’hébergement situé dans la région de Hesse (Ouest).
Suite à ce nouveau scandale, les réactions sont nombreuses. La dernière en date est celle du célèbre journaliste et écrivain allemand Günter Wallraff, auteur notamment de Tête de Turc. Il a fait retirer ses ouvrages d’Amazon et appelle au boycott de la plateforme par les internautes et par les autres écrivains.
Enfin, les pratiques fiscales de l’entreprise font l'objet d'une enquête tant en France, qu'en Allemagne et en Angleterre. Des montages financiers suspects, avec notamment un siège social basé au Luxembourg, permettraient à Amazon Europe d’échapper au fisc de certains pays. La France demande des arriérés à hauteur de 198 millions d’euros.
Une campagne «Boycott Amazon» lancée en Grande-Bretagne est en train de prendre de l’ampleur dans différents pays. En Suisse, Payot appelle à une prise de conscience des consommateurs et à des achats éthiques, rappelle Le Temps. Face aux prix attrayants affichés sur la plateforme en ligne, l’internaute peut, en effet, se demander si d’autres, comme les employés des usines Amazon, ne sont pas en train de payer la facture à sa place.
Loic Delacour


