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Rouges suisses: un verre à moitié plein

Les étiquettes suisses ne représentent que 15% des ventes de vins rouges dans les supermarchés. Et la Suisse a de la peine à «régater» dans l'entrée de gamme. Notre dégustation le prouve.

On dit volontiers que la Suisse offre les vins d'entrée de gamme de piètre qualité les plus chers du monde. Mais les vins d'auteur de très haut niveau les meilleur marché du monde... Notre dégustation a permis de vérifier la première moitié de cette assertion – verre à moitié plein, donc!

Certes, les quatre vins classés en tête de notre dégustation ne déméritent pas, mais, à l'exception de la Dôle Romane, classée deuxième exæquo, ils se situent dans le haut du tableau des prix. C’est d’ailleurs le plus cher (17.95 fr.), l’assemblage valaisan Favi, qui s’en sort le mieux, L'As de Cœur, vaudois, vendu presque 13 fr. tout de même, prenant la deuxième position exæquo, puis, quatrième, une marque valaisanne plus que centenaire, la Dôle des Monts, à 16.95 fr.

Des vins dessinés pour le marché

Chacun de ces vins a ses qualités et ses défauts: le premier, à base de pinot noir, de gamaret, de diolinoir, d'humagne rouge et de syrah – presque toute la panoplie valaisanne, gamay et cornalin exceptés! – est un vin moderne et «construit». L'assemblage de La Côte (gamaret, garanoir, pinot) est le seul des treize vins rouges dégustés, tous du millésime 2011, à exprimer agréablement du fruit. La première dôle, celle d'Orsat, convient aux palais traditionnels, tandis que la Dôle des Monts mise sur sa sucrosité et son côté aguicheur.

Soit quatre manières différentes d'aborder le marché des vins rouges suisses où, selon les derniers résultats de l'Observatoire valaisan des vins dans la grande distribution (62 millions de litres en 2012), les vins suisses représentent 15%. Parmi ces derniers, les vins valaisans sont majoritaires (8,8% du total) et la dôle (lire encadré) «pèse» plus de la moitié des rouges valaisans. Avec deux vins bien placés, elle tient son rang, même si les vins suivants sont un assemblage plus moderne de Provins-Valais, puis, sixième, un «simple» gamay-gamaret vendu moins de 5 fr. par le «hard discounter» Aldi.

Il n'empêche, le palmarès frappe par les contre-performances de la moitié des vins dégustés. A commencer par la dôle de base de Provins-Valais: tant celle achetée à Denner qu'une autre cuvée fournie à Manor (la Cuvée des Précurseurs, qui ne figure pas dans le tableau) n’obtiennent que la note de 10 points. Et difficile aussi de se fier à des étiquettes aussi ronflantes que ces «châteaux», dont deux vaudois ont droit au titre de «Grand Cru de La Côte», tous classés en queue de tableau!

Une question de bouchon?

L'assemblage valaisan vendu par Denner, conservait un léger goût de moisi, malgré l'ouverture des deux bouteilles. Faut-il attribuer ce faux goût tenace au mode de bouchage? Plusieurs vins, comme le Château d'Allaman, sont fermés par un bouchon aggloméré connu sous le nom de «diam». Le Château de Muzot l'était aussi, avec de l'aggloméré qui sentait mauvais. Mais L'As de Cœur, deuxième exæquo, est aussi fermé par du «diam»! Précurseurs de la capsule à vis, notamment sur le chasselas, les Suisses auraient intérêt à persévérer en rouge aussi, à l'exemple des Australiens et des Néo-Zélandais, y compris sur les crus les plus chers. Vu sous cet angle, le Favi reste au-dessus de la mêlée: son flacon est obturé par un bouchon en verre.

Pierre Thomas


Pour télécharger le tableau comparatif, se référer à l'encadré au-dessous de la photo.