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Tromperies massives sur le poisson

Après le scandale du cheval, celui du thon et du rouget? Aux USA, une vaste étude démontre qu’un tiers des poissons vendus sont mal étiquetés.

Les résultats des analyses menées par l’ONG Oceana sont stupéfiants. Le quotidien Le Temps souligne, dans son édition d’aujourd’hui (26 février) que «33% des poissons étudiés ne correspondaient pas à l’espèce affichée». Des chiffres d’autant plus conséquents qu’ils émanent d’une grosse enquête: 1215 échantillons prélevés pendant deux ans dans 21 états américains. Et certains chiffres sont tout simplement inacceptables: 84% des thons blancs étaient en fait de l’escolar, susceptible de provoquer de graves troubles digestifs, alors que 19 à 38% des morues, flétans et bars chiliens avaient un étiquetage erroné. Et que dire des rougets, qui n’en étaient pas dans 113 cas sur 120 ?

Dans les faits, des produits d’élevage sont vendus comme du poisson sauvage, beaucoup plus coûteux. En croyant avoir du mérou, de la sole ou de la morue, le consommateur américain mange en fait du pangasius ! Des espèces surexploitées, vulnérables ou en péril sont également écoulées sous le nom d’autres variétés, plus communes. Les enquêteurs ont même découvert que des poissons déconseillés aux femmes enceintes et aux enfants en raison de leur teneur élevée en mercure étaient commercialisés sous d’autres noms.

Gare aux restos à sushis 

Les restaurants de sushis ont présenté le taux de fraude/erreur le plus élevé (74%), suivis par d’autres restaurants (38%) et les magasins d’alimentation (18%). «Outre le fait d’être trompés et de payer plus cher que la valeur du produit acheté, un grand nombre de consommateurs se voient nier le droit de choisir un poisson pour des raisons de santé ou de préservation d’espèces menacées», résume la doctoresse Kimberly Warner, principale auteure de l’étude.

L’Europe va-t-elle être victime d’un scandale similaire? Aucune enquête d’envergure n’a encore été menée à l’échelle du continent. Les résultats de certaines études ne sont toutefois guère encourageants. Des analyses réalisées en Irlande, en 2011, ont révélé, par exemple, que 28% du cabillaud vendu était mal étiqueté.

Et en Suisse? 

Différentes études menées dans notre pays ont montré que le problème existe bel et bien ici aussi. Des analyses menées, en 2006 et en 2007, par le laboratoire cantonal neuchâtelois ont, par exemple, révélé 27% de fraudes pour les poissons de mer. Une enquête de la FRC, en 2010, a conclu que six échantillons sur vingt prélevés en Romandie, soit 30%, ne correspondaient pas à l’espèce annoncée.

Un scandale du poisson mal étiqueté pourrait donc bien éclater en Europe. Pour l’heure, certains états, comme la France, s’insurgent plutôt contre l’autorisation de l’UE de nourrir à nouveau, après interdiction en 1997, le poisson d’élevage avec des farines de porc et de volaille. Une décision qui prendra effet le 1er juin prochain.

Sébastien Sautebin