
Espagne-Italie: 5 – 0
C’est le nouveau match des supermarchés: les vins blancs modernes d’Espagne contre ceux d’Italie. Dans notre sélection, l’Espagne mène 5 à 0, soit cinq vins satisfaisants en tête du classement, avant de trouver le premier italien.
On a failli assister à un duel en V entre deux cépages réputés aromatiques. «V» comme le «verdejo» espagnol de la région de la Rueda et comme le «vermentino» italien, de Sardaigne et du rivage tyrrhénien de la Toscane. Finalement, c’est un des deux albarinos, cultivé sur plus de 5000 hectares dans la région de Rías Baixas, en Galice espagnole, juste à la frontière portugaise, qui a mis tout le monde d’accord.
Des blancs «nouvelle tendance»
Ces trois vins blancs sont emblématiques d’une nouvelle tendance de la viticulture mondiale: la redécouverte de cépages régionaux fidèles à leur terroir. Ils sont aussi faciles à mettre en valeur en œnologie moderne, grâce à des levures sélectionnées et à la maîtrise des températures de vinification, pour éviter le piège de l’oxydation dans les régions chaudes. La Suisse, largement ouverte à l’importation des vins blancs étrangers depuis 2001, bénéficie de plus en plus de l’arrivage de ces vins modernes (lire encadré).
Mais, au fond, aucun n’a enthousiasmé notre jury… Peu d’émotion dans des vins techniquement corrects, mais difficiles à apprécier. Derrière l’albarino d’un groupe également présent dans la Rioja (Marqués de Vargas), les verdejos de la Rueda (12 000 hectares) jouent sur des arômes exotiques, entre le citron vert et la mangue, avec une redoutable acidité et un taux d’alcool qu’on qualifiera de normal (entre 12,5% et 13%). Certains rappellent les arômes végétaux, de feuilles de cassis et de buis, du sauvignon blanc. Ils l’avouent, comme le troisième classé, La Casa, avec 10% de sauvignon (et 20% de viura), et le neuvième (Basa, même assemblage). Et d’autres bénéficient sans doute de la tolérance des 15% d’un autre cépage sans le mentionner sur l’étiquette, comme le Marqués de Riscal, et l’avant-dernier, le Flor del Pego.
Des deux millésimes, le 2011 paraît beaucoup plus frais que le 2010, plus lourd. Et les deux premiers classés sont parmi les meilleur marché de notre sélection, tandis que les quatre derniers vins, à l’inverse, sont parmi les plus chers!
Des vermentinos qui déçoivent
En Sardaigne, le vermentino, cépage blanc méditerranéen présent sur cette île, mais aussi en Corse, a droit à sa propre dénomination d’origine contrôlée (DOC). Un petit domaine de 13 ha, Olianas, s’en tire le mieux, devant la version de la famille Bertarelli à Colle Massari (Toscane) et, très décevant, l’emblème du domaine réputé Argiolas en Sardaigne.
Ce dernier exemple, sur les deux flacons ouverts, était entaché d’un léger goût de liège. On notera que la moitié des vins sont obturés avec un bouchon en plastique ou une vis. Preuve qu’ils doivent être consommés rapidement, sur leurs arômes primaires. Et frais, de 8 à 10 degrés de température, pas plus. Ils conviennent à une gastronomie de fruits de mer, de poissons, mais, pour certains, plus souples, aux mets asiatiques aigres-doux.
Pierre Thomas


